Un mystérieux petit animal croise votre route : Je souhaite que tu passes un contrat avec moi. En échange, j'exaucerais n'importe lequel de tes voeux.
 

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 [ruelle Jefferson] "Ma peau me brûlait" [Saskia Kochka] {terminé}

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MessageSujet: [ruelle Jefferson] "Ma peau me brûlait" [Saskia Kochka] {terminé}   Lun 25 Avr 2016 - 11:56
]La ruelle Jefferson est une ruelle un peu éloignée de la rue principale. Moins sûre que celle-ci, elle est plutôt le territoire des ventes de drogue vite fait. Il y a rarement des vol ou des meurtres, tant que l'on reste profil bas et que l'on ne possède pas de richesse apparente. C'est dans cette ruelle que ce déroule l'action suivante.

Sombre, froide, lugubre, étrangement calme, pesante, oppressante, effrayante, humide, sale, telle était l'image que je me faisais de la ruelle dans laquelle je me rendais au moins une fois par semaine. Elle était mise à part de toutes les autres, comme si elle avait quelque chose à se reprocher. Elle est le point central des ventes de drogues. Elle est à mon avis la moins accueillante de la ville. Bien qu'on ne vous cherche pas des noises, on tente toujours de vous plumer, de profiter de vos faiblesses et de vos addiction. Cet endroit m'a toujours provoqué une espèce de nausée tant l'endroit m'écoeure. De plus, je me sens toujours obligé d'y retourner. Je pense me dégoûter plus que la ruelle elle-même. Elle est le reflet de mes échecs, ma vie tombée en ruine, là, sous mes yeux. Elle semble se moquer de moi. Et elle sait que je ne peux pas me passer d'elle. La violence ne fait pas parti de son vocabulaire, non, mais seulement la torture mentale, la honte, la tristesse, le désespoir. Je la voyais plus noire qu'elle ne l'était, certainement. Peut-être ne puait-elle pas. Après tout, chaque fois que j'y mettais les pieds, je sentais l'odeur de la défaite. Le pire parfum que l'Homme puisse encore supporter. Supporter ? Ou subir. Ce serait plus exact.

En mettant les pieds dans cet endroit je me sens sale, démunis, rabaissé au stade de déchet de la société. Et c'est ce qu'il veut, mon corps. Il a besoin de cet endroit, il le bénit ! Ma peau me brûle. Je dois cesser de rêvasser. Je dois acheter, rentrer, "me soigner". Ma peau me brûle.

A droite et à gauche se trouvent des vendeurs, ou comme je les appelle : les dealeurs sans scrupule. Ils ont toujours aimé profiter des plus démunis. A mes yeux ce sont des raclures. Des moins que rien, ils sont même en encore moins que les moins que rien à qui ils vendent de la drogue. Car ils ont perdu leur humanité.

Il fait sombre, le soleil se couche, il doit être entre 19 heures et 20 heures. Je n'en savais rien, j'ai perdu ma montre il y a un moment, ainsi que ma notion du temps. Je savais qu'on devait être entre mercredi et samedi. Pathétique. Je commençais à me faire de la peine, mais surtout, c'était inévitable.
Comme on dit : Toutes les routes mènent à Rome ! Je suppose que cette ruelle puant le rat crevé est "ma Rome".
On entendait un peu partout des gémissements. Certainement ceux des accrocs, qui sont déjà partis trop loin. Moi je ne viens pas pour ça. Je compte prendre ce dont j'ai besoin, et consommer chez moi. Je ne me drogue pas pour me droguer ... Non. J'en prend par besoin. Sans elle je suis malade, ma peau me brûle ... Et ces vomissements ...

La ruelle me faisait penser à une ruine. Pas comme celle de la ruelle Laurier, non. Ce sont les gens qui m'y font penser. Ces drogués, qu'ils soient debout ou parfois couchés par terre, ressemblent à des pantins désarticulés, servant de spectacle à ces vendeurs pervers. Cette ruelle, c'est la fin de tout. Et je voyais ces vendeurs satisfaits. Ils se font de l'argent sur la misère. J'en venais presque à ne plus regretter ce que j'avais fait à l'autre. Mais bon. Je suis aussi une ruine. J'ai caché mon miroir chez moi. J'avais peur de me croiser. La peau blanchie, des cernes énormes, mêmes mes dents commençaient à jaunir .. Mes yeux aussi d'ailleurs. Mais le pire était ma maigreur, je commençais à me comparer à un monstre de contes pour enfants. Un ogre ou un troll affamé. Et pourtant je n'ai plus jamais faim.

Je déambulais dans cette ruelle, attendant qu'un vendeur m'aborde. Je n'aime pas y aller de moi-même. En plus la plupart d'entre eux me connaissent, je dirai même qu'ils me respectent un peu, ce qui est déjà assez rare pour un client. J'entretiens avec eux une relation presque amicale, et pourtant, tous les dieux savent à quel point je les hais.
Je voyais enfin l'un d'entre eux, derrière un mur de briques mal dissimulé. J'avais oublié que ce dernier avait trouvé une petite "cachette" bien à lui. Il s'appelle Hubert, il est aussi d'origine française, d'ailleurs nous parlons cette langue lorsque nous sommes tous les deux. C'est une vraie tête, il parle aussi le Russe, le Chinois, mais aussi l'arabe. Il est un vrai couteau suisse de la langue. Et pourtant il se retrouve là, usant de sa sociabilité pour marquer une grande clientèles, et pour devenir le vendeur préféré de son boss. Il se tenait là, bien droit, en pleine santé (contrairement à nous tous autours de lui), en face d'une jeune fille.

La vue de cette dernière me perçait le coeur. Elle devait avoir entre 6 et 10 ans de moins que moi. Tomber dans ce travers à cet âge était pour moi une véritable tragédie. Je m'avançais, enjambant le petit amas de brique qui me bloquait le passage.

- Hubert.
-Mathieu ! J'ai ta commande, comme d'hab mais ... Tu veux pas attendre deux minutes, je fais affaire avec une jeune fille, là., me répondait-il en français.
-Justement. Hubert, tu ne trouves pas qu'elle est un peu jeune pour ce genre de trucs !! Et c'est pas que de la beuh que tu lui donnes là.

J'ai visiblement déclenché quelque chose chez lui, mais rien de positif. Il me faisait une sorte de moue, une expression désagréable qui me faisait presque croire qu'il allait se mettre à me frapper.

- Ne te met pas en travers de mes affaires. T'es un gars gentil mais en attendant, tu as besoin de moi. Donc je vends ce que je veux à qui je veux.

Je ne répondais pas, même si un certain degrés de rage montait en moi. Je haïssais son air satisfait, son air de faux charmeur en face de la jeune femme qu'il s'apprêtait à "tuer à petit feu" au travers de ses saletés qu'il allait lui vendre. Il parlait en Russe. Je comprenais alors qu'il usait de la même technique qu'avec moi. C'est vrai que ça met en confiance, de parler sa langue d'origine ou sa langue natale.
J'attendais. J'attendais qu'il lui donne tout ce qu'il faut, pour qu'enfin je puisse prendre ma commende.
En quelques petites minutes, il finissait avec la jeune fille Russe, et me donnait de suite un sac, déjà tout prêt, rien que pour moi. Je lui filais aussitôt l'argent, on était en froid décidément aujourd'hui.

Puis je me retournais. J'étais enfin prêt à rentrer chez moi et à quitter ce trou affreux. Mais quelque chose me hantait. J'avais un sentiment semblable à la culpabilité, ou au regret. Mes yeux tombaient à nouveau sur cette jeune femme, si mince, si fine, qui me faisait penser à un petit chaton au milieu d'une meute de loups, qui s'échappait d'un pas léger. Peut-être était-elle accroc depuis longtemps ... Elle était si fine, cela n'aurait pas été étonnant, mais en même temps, elle est si jeune. Est-elle tombé directement dans la drogue dure ? Je me sentais obligé d'avoir le coeur net. Je refusais l'idée qu'elle puisse devenir comme moi. Je ne savais pas pourquoi, ma la vue d'une fille aussi jeune me faisait penser à mon frère, qui pourrait très bien un jour, avoir le même destin que moi.
Je rattrapais alors l'oiseau qui se trouvait non loin, et qui avait enfin quitté cette petite rue immonde. Bien qu'à côté, les rues ne soient pas bien mieux, on sentait déjà une sérénité s'installer. La peur nous quittaient doucement, et les regrets nous submergeait. Toujours.
Je profitais de ce climat plus saint pour aborder la jeune femme.

- Mademoiselle, s'il vous plais, arrêtez vous ... J'aimerai vous parler.

J'espérais qu'elle se retourne, je priais de pouvoir la convaincre de ne pas amener cette drogue. A moins que je n'y puisse rien. La peur me saisissait à nouveau, je n'avais pas droit à l'erreur ... Et en même temps cette envie de consommer qui était toujours présente ... Je pouvais ... Non, je devais me retenir. Mais ma peau me brûlait. Aussitôt je regrettais de lui avoir parlé. Le temps était compté. Je devais consommer, vite, oui, car ma peau brûlait, ma peau me brûlait, atrocement, d'un feu ardent ... Ma peau me brûlait.


Dernière édition par Mathieu Descarmes le Sam 30 Avr 2016 - 17:33, édité 1 fois

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MessageSujet: Re: [ruelle Jefferson] "Ma peau me brûlait" [Saskia Kochka] {terminé}   Lun 25 Avr 2016 - 16:55

C'est une bête qui s'agite sous ses intestins, une bête dévorante qu'elle avait délaissée depuis de nombreux mois. Aujourd'hui, elle se rappelait à elle, le manque subtil et furtif avait peu à peu envahi chaque pore de la peau de Saskia. Entre ses paupières, sous ses veines perdant peu à peu de leur éclat nocturne qui faisait autrefois sa fierté et sa valeur de junkie, dans sa bouche pâteuse et son ventre qui se tordait sans raison valable. L'air frais de la nuit ne l'aidait qu'à grand peine à se porter mieux, sans compter la griffure récente qu'elle avait obtenue dans le dos, souvenir et trophée d'une victoire rude et prompte contre une Ombre. Ses prunelles brunes scrutaient l'obscurité, craignant et redoutant un nouvel adversaire qu'elle ne serait peut-être pas de taille à vaincre ce soir. Pas ce soir, non.

Tout naturellement, ses pas la guidaient vers une ancienne ruelle qu'elle avait longuement fréquentée en ses deux années d'existence à Palema. Son cerveau ne paraissait pas avoir encore fait le lien entre cet itinéraire ancien et le but qu'elle convoitait. Entre la douleur de son dos qui la relançait par moment mais qui saurait se taire d'ici le lendemain et celle du manque, elle ne savait laquelle était la plus cruelle et la plus douloureuse. C'était la plus grosse connerie de sa vie qu'elle était sur le point de faire, tant d'efforts gâchés en une seule soirée. Avdeï n'avait pas besoin d'une grande sœur camée, vraiment pas. Malheureusement, il y avait des addictions dont se débarrasser relevait du parcours du combattant et la Russe, qui avait cru tirer un trait sur son ancienne vie sitôt passé son contrat effectué avec Kyu, s'était pleinement trompée. Les beaux jours arrivaient, elle aurait dû se montrer forte et vaillante mais ne restait plus qu'une carapace creuse et vide qu'elle tentait de remplir en faisant illusion avec ces grandes responsabilités qu'elle occupait désormais ; le job de Dame de Compagnie auprès de Cassandre, son rôle d'aînée auprès de son petit frère et son devoir de combattante et de survivante au milieu des Ombres et des Nephils, bien qu'elle n'ait jamais eu affaire à ces derniers pour le moment.

Déjà du monde s'agglutinait dans la ruelle, la frénésie était palpable et de mains en mains se passait argent puis came, un long manège familier à la Moscovite. Elle se redressa un peu puis tenta de se frayer un chemin au milieu de cette foule compacte aussi vive et riche qu'une ruche en plein travail. Elle essayait de repérer du regard des têtes connues, poser des noms sur tous ces êtres anonymes qui ne lui évoquaient rien. Peut-être était-ce un signe pour lui hurler de faire demi-tour maintenant, de ne pas sombrer à nouveau dans cette vie démente et effrénée qui n'était plus la sienne ? Sa raiosn tentait tant bien que mal de combattre son corps qui prenait un peu plus le dessus en cette nuit fraîche du printemps.
Les vendeurs se détachaient du reste des camés, Saskia les repérait sans mal. Son instinct qui se réveillait, un instinct similaire à tous ces dealers car déjà l'un d'eux s'approchait d'elle, un accent qu'elle ne reconnaissait pas imprégnait chacun de ces mots.

– Je peux t'aider, peut-être ?
– Oui... Non... Je...
– ''Viens, on va discuter un peu plus loin.''

Déjà l'homme l'entraînait à l'écart, lui ayant touché ses derniers mots en russe, ayant sans nul doute reconnu l'accent d'origine de la Moscovite. Le regard soupçonneux de la demoiselle s'apaisa légèrement et elle ne le contesta pas, se contentant de marcher dans ses pas pendant qu'il extirpait un sachet de poudre sous son nez. Le bras de la demoiselle s'allongea vers ce dernier mais déjà l'homme était plus rapide qu'elle, le mettant hors de sa portée.

– ''Tout doux ma belle, l'argent d'abord !''

Saskia extirpa un billet neuf sous les yeux avides du vendeur. C'était une partie de sa paye, sa toute première paye, et que faisait-elle ? Elle la dépensait pour quelque chose d'aussi puérile et d'aussi dangereux que quelques grammes d'héroïne. Une part d'elle-même avait envie de s'insulter, s'en voulait d'être aussi faible mais l'autre part était déjà toute entière accaparée et absorbée par la poudre blanche qui brillait, aussi belle que la neige en hiver à Saint-Pétersbourg, aussi douce aussi, le froid en moins.
Alors que l'échange était à deux doigts de se faire, un client fit irruption, parlementant en français avec le vendeur. Saskia ne comprit rien à ce charabia mais reconnut cette langue maîtrisée par Cassandre et son père. Bien que la demoiselle avait un don prononcé pour les langues étrangères, sa maîtrise du français était proche du néant, entendre l'héritière des Cartier parler avec son père dans cette langue ne suffisait pas à parler ou comprendre parfaitement ce langage inconnu pour elle à ses oreilles il y a quelques mois encore.
Elle attendit patiemment que le client attende son tour et que le vendeur daigne lui refiler sa dose. Ce ne fut l'affaire que de quelques minutes. D'un geste brusque, elle arracha le sachet que le dealer lui tendait, sans merci ni au revoir, se contentant seulement de regagner son appartement pitoyable du quartier Sud.

Mais l'avenir en avait décidé autrement. Une voix, anglaise cette fois-ci, l'arrêta. Le timbre ne lui était pas inconnu, aussi se retourna-t-elle pour se retrouver nez à nez avec le même client français qui avait tenté d'interrompre sa vente. Elle avait tout le loisir de le détailler et s'aperçut qu'il était bien plus âgé qu'elle. Alors qu'elle appartenait toujours au monde de l'adolescence, lui était dans ceux des adultes depuis longtemps déjà.

– Qu'est-ce que tu me veux, encore ?


Il arrivait parfois que certains drogués s'en prennent à d'autres juste pour piquer la came. Si tel était le souhait et le désir de celui-là, pas de chance, Saskia apprenait à se battre depuis peu. Même si tuer la rebutait, il était hors de question qu'elle se laisse détrousser.

– Je partage pas, si c'est ce que tu souhaites.


Une simple réponse au cas où. Mieux valait que cet homme sache où il mettait les pieds. Même si la Russe donnait l'illusion d'être un simple moineau tombé du nid, autre chose sommeillait en elle. Son contrat avec les Seraphs l'avait transformée et la plaçait au-dessus des simples humains comme cet homme, et, alors que leurs paroles étaient à l'écart des autres junkies et que la foule massive était détachée d'eux, une lueur de détermination brilla dans son regard.

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MessageSujet: Re: [ruelle Jefferson] "Ma peau me brûlait" [Saskia Kochka] {terminé}   Lun 25 Avr 2016 - 18:07
La nuit tombait peu à peu. Même si les rues étaient éclairées, je commençais à me sentir un peu mal. Depuis mon obsession pour les drogues les plus dures, la nuit noire provoque chez moi une certaine inquiétude, comme une peur du vide, qui se fait plus présente quand le ciel n'est pas étoilé.
La jeune fille était sur la défensive. Quoi de plus normal. Je ne suis qu'un Junkie comme les autres, effrayant, repoussant. Et elle, c'était encore qu'une môme. Bien que particulièrement susceptible, je ne me vexa pas. J'aurai eu une réaction au moins équivalente à la sienne. Je fis alors un pas en arrière. Je lui faisait confiance, là n'était pas le problème, je voulais juste lui faire comprendre que je ne lui voulais pas de mal, en établissant une certaine distance de sécurité.  
Mais bon, je faisais peine à voir, avec mon pantalon troué, autrefois hors de prix, j'avais dû économiser deux longs pour moi l'avoir. Ce n'est plus qu'un vieux chiffon. Et si l'on rajoute mon débardeur gris et délavé,  on pourrait certifier que mes intentions n'étaient pas bonnes. Je savais tout ça. Alors je pris mon air le plus serein, bien que ce ne fut pas le cas. Cela faisait longtemps que je n'avais pas eu de contact direct.

Alors, un peu maladroitement, je lui tendais mon sac en plastique, rempli de tous mes produits, pour lui signifier que j'avais déjà "ma dose".

- Partager ? Non, j'ai cru comprendre que tu avais pris de l'héroïne. Je suis pas branché héroïne, et quitte à partager, autant que je te passe la moitié de me dose. Je déteste devoir quelque chose à quelqu'un.

Plus le temps passait, plus mes symptômes se faisaient gênants, oppressants. J'avais comme l'impression que des plaques avaient poussées sur mon torse. Ce n'était évidemment pas le cas. Je sentais aussi les choses plus facilement. Les sons s'intensifiaient, comme si tout le monde autours de moi se trouvait dans une même pièce vide. Et surtout je voyais la Russe assez réticente. Je devais faire vite, capter son attention. Quitte à perdre du temps, autant que ce soit pour quelque chose ... Ou pour rien, mais il fallait que je tente. Quitte à échouer, de toute façon, je devais à tout prix prendre ma dose dans l'heure qui vient.

- J'en viens au fait ... Je ne suis pas quelqu'un qui juge, et je serai très mal placé pour ...

Je sentais que je m'enfonçais. Les mots se perdaient, aurais-je perdu de l'intelligence à terme ? Non ... J'ai juste perdu en assurance. Je devais prendre le dessus sur moi même. Seulement je n'y arrivais pas. Je me grattais nerveusement le bras, presque jusqu'au saignement. Savoir que je tenais dans ma main l'objet désiré n'arrangeait pas les choses. Je devais avoir l'air d'un fou.

- Ecoutes. Tu es jeune. Plus jeune que moi, et que tout le monde ici. Qu'est-ce qu'une fille russe de ton âge peut bien faire ici, avec de l'héroïne ?

Mon visage s'apaise. Et mon brûlures se font subitement moins importante. J'ai comme soulagé un poids de ma conscience. J'avais l'impression d'avoir fait un premier pas important, sans compter que j'avais l'air impliqué. J'ai réussi à ne pas être trop inquiétant. Je grelottais juste, la fraîcheur se faisait sentir, les nuits de printemps sont agréables, mais encore un peu frisquettes.

J'avais cependant peur qu'elle "décline" mon invitation à parler un peu. J'allais évidemment comprendre cela. J'ai fait ce que j'avais à faire. Mais rapidement, en ne prenant pas la peine qu'elle me réponde, j'enchaînais.

- Il doit y avoir un endroit plus confortable pour parler de ça. Si je tremble, c'est pas parce que je suis en manque hein ... Merde, je m'enfonce encore ... !! Mais .. J'ai un peu froid. Tu comprends, je suis un peu surpris ... Ici on ne croise que des gens un peu louches ... Et des gens comme moi.

Encore une fois, cette invitation pouvait paraître bizarre, et je ne voulais pas faire cet effet là. J'enchaîna alors directement.

Il doit y avoir un endroit fréquenté ici avec des bancs. Où on pourrait parler. Je te demande que cinq minutes ! Je te promet que je ne t'embêterai plus !

Je devais arrêter de m'inquiéter, arrêter de m'imaginer ce qu'elle pouvait bien penser de moi, car c'était évident, un junkie pommé, c'est tout. Au mieux un gars gentil, certainement stupide pour être aussi niais dans un tel milieux. Oui. Le "débile", le mec un peu simple. J'essayais le plus possible de ne pas lui faire peur. C'était une épreuve, car mon sang bouillonnait, mon corps avait encore une fois besoin de consommer. Si seulement je pouvais être plus fort qu'elle ! Je l'espérais. Et peut-être que ma victoire passerait par ce simple dialogue. C'est ce à quoi je voulais en venir en tout cas. Elle me rappelait tellement moi. Elle me rappelait tellement mon frère. Je sentais, au plus profond de moi, qu'elle avait les mêmes regrets. Rien qu'à son visage à la fois révolté et dégoûté quand elle a acheté ses produits. Oui. C'est du regret, ou de la colère. Comme moi.

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MessageSujet: Re: [ruelle Jefferson] "Ma peau me brûlait" [Saskia Kochka] {terminé}   Lun 25 Avr 2016 - 18:55

Que voulait cet homme ? Il voulait jouer au bon samaritain en lui faisant un discours de prévention sur la drogue et ses dangers ? Si tel était le cas, cela tombait à l'eau, il était lui même en possession de substances illicites. Si Saskia ignorait ce qu'il avait bien pu acheter au revendeur français, cela ne l'intéressait pas, et avoir la moitié de sa dose encore moins. Elle eut un bref soupir, condamnée à l'écouter parler sans rien dire le temps qu'il termine son monologue. Au fond, il lui faisait de la peine, ce brave garçon. Ils étaient tous logés à la même enseigne, chacun avec des histoires différentes. Il lui paraissait que du temps où elle ne vivait encore que dans un squat en parfaite communauté, elle était moins sur la défensive. Son contrat l'avait changée en profondeur et affectée plus que ce qu'elle ne songeait de prime.

– Y a pas d'âge minimum ni d'origine requise pour se shooter, que je sache.


Toujours ce ton aussi glacial que son pays d'origine. Elle s'en voulait presque d'être aussi désagréable avec lui. Mais il fallait avouer que ce type était assez étrange, elle n'arrivait pas à le cerner. Maintenant qu'il tremblait, il lui faisait un peu pitié avec son simple haut en ramassis. Il lui rappelait ce qu'elle était un an plus tôt. Sauf qu'elle avait eu la chance de se retrouver entourée, Howard l'avait grandement aidée, puis Hadence, enfin John. Maintenant, tout allait au mieux pour elle, ou presque.

Elle fit glisser sa veste en laine bleue trop grande pour elle, souvenir de sa vie passée dans les rues de Palema. Elle avait beaucoup vécu, de la récupération pure et simple, aussi ne s'était-elle jamais encombré avec le fait qu'elle n'était pas à sa taille. Elle se mit sur la pointe de pieds pour déposer ce présent sur les épaules du jeune homme. Ce n'était qu'un modeste présent, maintenant c'était elle qui se retrouvait en débardeur, ses bras à découvert dont elle avait horreur non pas à cause du froid de cette nuit de printemps mais à cause de ses veines éternellement sombres offertes à la vue du premier venu. Mais lui aussi était un junkie, aussi n'avait-elle rien à cacher. Il savait déjà.

– Tu peux la garder pour ce soir si tu veux, ça serait con que tu tombes malade.

Elle, au contraire, ne craignait pas la maladie. Depuis sa Nature nouvelle, son corps n'avait plus les mêmes besoins qu'auparavant. Dormir et se nourrir appartenaient de plus en plus au passé. Bien sûr, elle savait déjà qu'elle tenterait de dormir au moins pour récupérer de cette blessure dans le dos mais en dehors de cela, le sommeil la fuyait de plus en plus. Depuis son contrat, elle avait évité les rhumes et autres maladies anodines, aussi le froid de cette nuit ne l'inquiétait pas. Sans oublier qu'elle avait vécu des températures bien plus extrêmes dans sa Russie natale, tout cela faisait office de chatouilles sur son corps fin et pâle.

– Parler ? Et parler de quoi ? T'as envie qu'on se conte nos différentes expériences passées concernant la défonce ? se fit-elle ironique en montrant du coin de l’œil sa propre dose, je vois pas trop ce qu'on pourrait avoir à se dire, je vois même pas pourquoi tu m'as adressé la parole alors que t'es qu'un inconnu pour moi, et moi aussi, je suis qu'une inconnue pour toi. Être tous deux des camés fait pas de nous des frères de dope ou une connerie du genre !

Non, elle n'avait jamais éprouvé la moindre fraternité avec les junkies. Ils étaient proches d'elle, n'avaient fait que l'enfoncer un peu plus dans ce cercle vicieux qui lui collait à la peau aussi avidement que de vieilles frusques puantes. C'était Vadim, un junkie, qui l'avait entraînée en tout premier. Par la suite, elle n'avait rien fait pour s'en sortir, ce n'est qu'une fois arrivée à Palema, après une année d'existence assez sombre, qu'elle avait fini par se ressaisir. Et ce brusque sursaut de conscience, elle ne le devait qu'à elle-même et aux pensées qu'elle avait pour son frère, rester forte pour ce dernier dans l'espoir de le revoir un jour prochain.

Elle fit quelques pas, décidée à semer ce type qui l'inquiétait autant qu'il la comprenait. Puis elle s'arrêta, tournant la tête en sa direction. Elle faisait sûrement une grande erreur en accordant un peu de son temps à cet homme, déjà qu'elle venait d'acheter une dose qu'elle n'aurait dû avoir, elle communiquait avec un inconnu maintenant.

– Y a des bancs un peu plus loin si tu veux, on y sera tranquille, et tu pourras enfin te shooter en paix.


Elle ne connaissait que trop bien les effets du manque et serait mal placée pour jeter la pierre à cet homme. Elle ignorait s'il avait été honnête avec elle concernant ses tremblements liés au froid plutôt qu'à la bête qui lui hurlait dans le ventre. Peu lui importait. Elle lui laissait une chance de parler avec elle, à lui de la saisir s'il le souhaitait encore, si les paroles glaciales de Saskia n'avaient pas eu raison de lui depuis le début de leur conversation.

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MessageSujet: Re: [ruelle Jefferson] "Ma peau me brûlait" [Saskia Kochka] {terminé}   Lun 25 Avr 2016 - 20:16
Jamais de ma vie je n'ai été aussi partagé sur quelqu'un. La première approche avec la jeune fille s'était soldée par un cuisant échec. La jeune fille a répondu, non sans désinvolture, qu'une limite d'âge pour se défoncer n'existait pas. Ce à quoi j'acquiescais, contre ma volonté. Cela me faisait mal au coeur mais oui, elle avait raison. Il n'y a hélas, pas de limite d'âge. Et qui je suis pour en poser une. Elle a sorti en une phrase une vérité bien trop évidente pour que je la voie avant ça. Je me sentais terriblement stupide, et mon visage se décomposait, presque littéralement.
Puis vint ensuite un autre moment. Le moment assez inexplicable où elle posa sa veste, bien trop grande pour elle de toute évidence, sur mes épaules.

– Tu peux la garder pour ce soir si tu veux, ça serait con que tu tombes malade.

Je tombais des nus. Je ne savais ni comment réagir, ni quoi dire. Un tel changement de comportement était assez notable. Et bon, ce n'est pas la drogue qui fait ça, non non, c'est son tempérament. Alors j'exprimais un petit sourire amusé, me disant que cette jeune fille avait dix fois plus de tempérament que moi. C'est peut-être de ça que je manque. Du tempérament. Alors que le climat entre nous deux commençait à se faire plus agréable, et alors que j'acceptais son présent par respect, elle enchaîna sur une note, encore négative.

– Parler ? Et parler de quoi ? T'as envie qu'on se conte nos différentes expériences passées concernant la défonce ?

A cette question pour le moins ironique, je répondais un petit "Peut-être ...".J'étais assez gêné encore une fois, et ce sentiment mêlé à mes symptômes dus au manque était particulièrement désagréable. Cette sensation de n'être qu'un idiot, et d'être bien trop prétentieux de vouloir aider une fille qui "apprends encore la vie". Mais sur le coup, c'est cette dernière qui fut plus mature que moi. Je ne suis encore qu'un gamin. Même vivant dans les quartiers sud, je n'arrive toujours pas à me confronter à la réalité. Chaque parcelle de cette réalité me fait l'effet d'une bombe au coeur. Je suis un homme, pourtant j'ai déjà envie de chialer. Envie. Pas plus. Juste envie. Je ne pleure pas. Je ne pleure plus.
Je voyais la fille partir, avec un certain pincement au coeur. Je me posais une question à cette instant .. Comment vais-je lui rendre cette veste ? J'avais peur de la revoir à ce moment là, d'être confronté à nouveau à cette réalité que je fuis.

Mais, subitement, j'entendais sa voix, et son accent caractéristique. Elle me propose de s'installer sur un banc. Je souriais à nouveau, décidément, elle a un tempérament très changeant ! C'est un peu effrayant en y réfléchissant !

Je décidais alors de la rejoindre. Je n'osais pas dire grand chose, à part "merci", durant le voyage qui nous menait aux bancs. J'allais m'asseoir en premier. J'étais encore étonné de parler à quelqu'un sans parler de "buisness" dans le milieu de la drogue. M'enfin. Il y avait quand même toujours la drogue. Je fouillais dans mon sac regardant ce qu'il y avait ... J'avais bien tout ce que j'avais demandé ... Mais par quoi commencer ?
Je regardais, sans plus trop prendre conscience de la jeune russe, et je me décidais. GHB, sous forme liquide, planant quand bien dosé. Certains usent de cette drogue à but .. Comment dire ... Innommable ... Moi j'en prends, rien que pour moi. A petite dose, je me sens un peu ivre, heureux, le temps d'un instant. Mais c'est justement dans ces moments que je regrette d'être seul. Ma langue devient un peu lourde, et j'ai besoin de parler. Alors quand je suis chez moi, je parle seul.
Fort heureusement, les effets viennent que quelques minutes plus tard. Et plus j'en prend, plus les effets arrivent tard. Mais je me refuse d'augmenter la dose.
J'observais alors, ensuite, la fille s'asseoir sur le même banc ... Je commençais à parler, le but n'était pas "que" de se schouter.

- Tu sais, disais-je en regardant fixement le sac contenant les médicaments, je ne t'ai pas menti pour les tremblements tout à l'heure, quand j'ai froid, c'est tout mon corps qui tremble ... Mais quand je suis en manque, comme maintenant ... Regarde.
Le sac tremblait, faisant ce bruit de frottement désagréable du plastic qui se froisse. Ma main ne tenait plus en place. Ces saloperies me mettent tout le temps dans un mauvais état.

Je regardais les alentours. Je sentais que la drogue montait, doucement. J'en ai pris très peu. J'avais décidé de "bien me tenir" en face de la dame. Surtout que le fait que j'utilise cette drogue devait l'effrayer. D'ailleurs j'allais lui en parler.

- Je ne sais pas si tu as reconnu la drogue que je viens de prendre ... Elle est pas très populaire celle-là. Je l'utilise que pour moi, à but "personnel", et à dose minimale.

Je continuais de regarder les alentours. Soudain, une brise fraîche mais agréable nous venait. Une odeur salée, oui, un vent marin était venu caresser mes narines. Ce n'est que du bonheur pour moi, ça veut dire que l'été approche. J'arrive toujours à ralentir la drogue en été. Il fallait que je saisisse cette chance. Mais pour le moment, je ne devais pas oublier la jeune femme.

- Tu dois te demander pourquoi je t'ai abordé tout à l'heure ... Je vais te dire pourquoi. Je fixais à nouveau ma main tremblotante, et décidais de poser le sac sur le banc.
- Moi aussi je déteste ces trucs. Tu les détestes, pas vrai ? T'es pas comme toutes ces junkies qui se revendiquent. Vrai ou pas ?

Je me sentais bizarre d'aborder le sujet comme ça, mais il était vrai que je sentais la chose ainsi. Ses expressions dans son visage quand elle a acheté sa dose, c'était les mêmes que moi. J'avais l'intime conviction d'avoir mis le doigt sur quelque chose. J'aurai tenté ça pour n'importe qui.

Je levais la tête vers le ciel. Il était étoilé, et je me sentais beaucoup moins seul. Je n'avais pas peur ce soir. J'inspirais l'air, et me rendais compte que doucement je m'enivrais. J'étais ravis d'avoir pris une toute petite dose. J'allais rester conscient de mes actes, et un peu conscient de mes paroles. De toute façon le coeur y est.

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MessageSujet: Re: [ruelle Jefferson] "Ma peau me brûlait" [Saskia Kochka] {terminé}   Mar 26 Avr 2016 - 0:43

Le garçon se faisait moins bavard. Où était passé sa verve qu'il avait imposé à Saskia sans lui laisser même le temps de rétorquer ou de riposter ? Maintenant, c'était la Russe qui menait la danse. Bonne ou mauvaise chose ? Entrecoupé des répliques monosyllabiques de l'inconnu, ils se dirigèrent vers un banc, la Moscovite gardant le silence. Elle avait l'impression d'avoir passé une grande partie de sa vie et, c'était étrange, certains des événements les plus traumatisants avaient eu lieu sur un banc quelconque. Elle ne cessait de repenser à ce jour singulier où avait éclaté un attentat commandité par Melkyor l'an dernier au centre commercial du quartier Est, à l'époque où la magie était loin de son quotidien. Mais l'heure n'était pas au passé. Elle s'assit dessus, jambes posées sur la surface plane qu'elle rapprocha de son ventre, le tout enlacé par ses bras pendant qu'elle jetait un coup d’œil furtif aux gestes de l'autre junkie. Lui aussi était un consommateur, et un gros. Son sac paraissait receler de nombreuses merveilles. Mais cela ne l'intéressait pas. Elle le laissa préparer sa dose, attendant bien sagement, aussi tranquillement qu'une écolière avant de le laisser ouvrir la danse par ses paroles. Il voulait lui toucher deux mots, elle lui laissait cet honneur sacré que de briser le lourd silence qui planait peu à peu au-dessus d'eux deux.

Elle l'observa mener sa démonstration pour lui prouver que les mensonges n'étaient pas sa monnaie courante. Les effets du manque, Saskia ne les connaissait que trop bien, comme nombre de junkies. Au fond, elle n'était qu'une junkie parmi d'autres. Cet homme l'avait abordée parce qu'elle s'était trouvée là-bas en cet instant. Si elle était sagement rentrée après son affrontement contre l'Ombre, si elle n'avait pas suivi cette rue autrefois si familière à son esprit, elle ne serait pas là en ce moment à écouter un homme lui parler drogues et préventions alors que lui-même était en train de se défoncer. Elle avait presque l'impression d'avoir mis les pieds dans une pièce de théâtre absurde, un vieux truc à la Ionesco, du moins aussi barré que lui.

– Tu peux bien prendre ce que tu veux, c'est pas moi qui viendrai t'en réclamer.

La demoiselle avait ses habitudes. Si le partage de sa part n'était pas de mise, il en allait de même concernant sa faculté à emprunter aux autres ; cela n'arrivait que très rarement. Pendant ses périodes de manque, elle s'était toujours débrouillée pour emprunter de l'argent plutôt que du produit, pour ensuite acheter ses propres doses. Cette marche à suivre lui avait valu un nombre incroyable de dettes auprès de plusieurs citoyens de Palema mais elle avait toujours su se débrouiller pour ne pas avoir à rembourser. Courir vite avait beaucoup aidé, il est vrai.

Elle l'écouta parler, débiter des propos universels sur lesquels elle ne s'attarda pas. Elle ne voyait pas bien où il souhaitait en venir, même pas du tout mais tenter de l'isoler du reste des camés était peine perdue. À ses yeux, ils étaient tous similaires. Lui comme elle et tous ceux qu'elle ne connaissait pas – on croirait une chanson de Grégoire, s'il vous plaît, quelle honte.

– On les déteste tous, ces trucs, dit-elle après avoir bien insisté sur le pronom personnel, tu crois que ça nous amuse d'être dépendants de ces merdes ? De foutre nos vies en l'air juste pour un peu de poudre ?

Le sachet reposait à ses côtés, elle n'y avait pas encore touché, elle ne pouvait pas. Elle ne se baladait pas avec tout un kit pour s'injecter le produit et la préparation demandait un minimum de minutie et de précision et quelques instruments, bien que communs, qui étaient dans son appartement. Elle les avait gardés au cas où, quelques seringues neuves trônaient dans un tiroir, elle les retrouverait bien vite, la mémoire lui sauterait en pleine gueule à la manière d'une bombe sitôt le seuil franchi. En attendant, il lui fallait braver le vent frais nocturne du printemps en compagnie d'un inconnu qui, lui, planait déjà.

– En fait, même toi derrière tes grands airs et tes belles paroles, tu vaux pas mieux que moi, tu vaux pas mieux que nous.

Elle espérait ne pas lui ressembler dans dix ans. Elle avait toujours pensé que la drogue était une erreur de jeunesse, un faux pas dont il était possible de sortir grâce à un peu de volonté. Elle ignorait l'histoire de cet individu mais elle se rendait maintenant compte qu'elle avait eu tort. Des junkies, il y en avait de tous âges et de tous horizons, elle l'avait dit en tout premier à cet homme.

– Tu dis que tu détestes ça mais tu fais même pas d'efforts pour essayer. Juste essayer. Tu te ramènes avec un putain de matos pareil et après tu viens me dire que tu détestes ça ?

Elle, elle avait essayé d'arrêter. Pour de vrai. Au final, elle n'avait pas encore sombré à nouveau, il ne tenait qu'à elle de se débarrasser du sachet acheté. Le donner à cet homme, le jeter, n'importe quoi, tant qu'il ne se retrouvait pas dans ses veines. Mais en avait-elle seulement la volonté ? À ces pensées, la bête grogna un peu plus dans son corps. Elle n'était qu'un jouet entre les mains de substances qui la dépassaient, et de loin, elle le savait mieux que quiconque.

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MessageSujet: Re: [ruelle Jefferson] "Ma peau me brûlait" [Saskia Kochka] {terminé}   Mar 26 Avr 2016 - 11:52
La jeune fille était définitivement dure à convaincre. Le "jeune âge", peut-être, ou alors est-ce moi le problème. La niaiserie fait partie de mon vocabulaire, et avec ce que j'ai vécu, je m'y suis toujours rattaché. Je suis et j'ai toujours été l'élément un peu faible de la famille. Ma volonté est au ras les pâquerettes, contrairement à l'envie. Je suis pourtant motivé, alors pourquoi ? Eh bien parce que je suis faible.
Je m'abstenais de dire cela à la jeune Russe, et l'écoutais encore. Je buvais ses paroles, qui étaient certes brutes, mais qui ne poussaient pas à réfléchir. La vérité toute nue comme on dit. Je ne me contentais de répondre qu'à une seule chose, concernant le "plaisir" de se droguer.

- Au Début j'adorais ça. "Me défoncer". Je ne pensais pas que c'était grave, que je pourrai toujours faire demi-tour et me battre pour survivre, sans la drogue qui me pourchasse. Et puis elle m'a rattrapé. Le petit groupe dans lequel je prenais plaisir à me foutre en l'air, lui, continuait à apprécier, mais moi non. Je vaux pas mieux qu'eux, je dirai même que j'ai été largement plus stupide. Je connais chacun d'entre eux, ils ont peu ou pas de but dans la vie, alors ils se disent "tant pis". Moi c'est une phrase que je n'aurai jamais dû sortir.

J'avais l'impression d'être dans une sorte de négociation, et surtout, je commençais à me justifier. Je détestais ça, mais pourtant je l'avais fait. Je devenait tout doucement ivre, ceci expliquant certainement cela. La discussion prenait une tournure presque désagréable, et je la fatiguais avec "mon expérience". On connait tous ça, on l'a tous de grand-père qui nous raconte ses exploits passés, c'est rasoir ! J'avais l'impression d'être ce grand-père. J'en souriais d'amusement, et de gêne.

– En fait, même toi derrière tes grands airs et tes belles paroles, tu vaux pas mieux que moi, tu vaux pas mieux que nous.

Ce à quoi je répondais :

- Je l'ai déjà dit ça. Je ne range pas tout le monde dans la même case, ça ne veut pas dire pour autant que je me sens supérieur ... Et puis okay, je vais arrêter mes "belles paroles". Je vais essayer d'être plus naturel maintenant.

Son accent Russe semblait faire faire aux nouvelles chaleurs du printemps. J'aurai été, curieusement, moins surpris par celui-ci si nous étions en hiver. Pendant que je m'attardais sur son accent relativement atypique, je sentais mes tremblements se calmer, aussi bien que je me sentais m'enivrer. Mais ce n'était pas encore ça. Enfin ... Ca me rappelait juste pourquoi je devais consommer. C'était parce que mon corps était des plus insatisfait.
Alors que j'observais mon corps avec intention, la jeune femme Russe me répondait à ma réflexion sur la "haine contre la drogue", aussi sèchement qu'à son habitude. "Des efforts pour essayer" disait-elle. Cette phrase encore m'a relativement choqué. Des efforts j'en ai fait, de la volonté, de la force, j'en ai moins. Ces efforts ont à chaque fois été brefs, et j'ai craqué au moindre symptôme plus grave que les autres.
J'avais, effectivement, dans mon sac, une véritable pharmacie. Pourquoi prendre autant de matériel si ce n'est pas par plaisir ... Ou peut-être mon corps est-il dépendant de tous ces produits. Je ne le savais même pas. Alors pourquoi tous les reprendre à chaque fois ? Ca devait être la peur de retomber malade. A cette heure je me remettais en question.

Seulement, je ne voulais pas répondre à son exclamation. Elle me rappelait le plus grand drame de ma vie, cet instant ou la drogue, non contente de prendre le dessus sur mon physique, a embarqué mon sang-froid et m'a poussé à commettre l'irréparable. Alors subitement, je posa une question simple, toute simple, suivie d'une autre toute aussi simple, par lesquels j'aurai dû commencer.

- Comment tu t'appelle ? Et oh ... J'y repense ... Tu n'as pas froid ? Parce que c'est bon hein, je me suis un peu réchauffé, je peux te redonner ta veste !

Maintenant que j'y pensais c'était vrai qu'elle ne s'était pas plainte du froid, alors que les températures descendaient vers les 10°C. En pull-over, pourquoi pas, mais elle ne portait qu'un petit bout de tissus sur elle. Qu'elle soit Russe ou non, le corps ne doit tolérer qu'un certain degré de confort. Je me sentais un peu mal pour elle. Sans compter qu'elle avait l'air résolue de faire cette énorme bêtise, je me sentais très mal de porter sa veste. Après tout je n'avais qu'à pas sortir de chez moi en débardeur. Je suis définitivement le plus grand des inconscients.

Après avoir posé les bases d'une rencontre en bonne et due forme, je décidais de me présenter.

- Je m'appelle Mathieu Descarmes. La langue que tu as entendu tout à l'heure avec le dealeur, c'était du français. D'ailleurs j'ai un peu l'accent, tu l'as sûrement remarqué.

Voilà, mettre les formes. J'avais un peu moins peur de me faire remballer maintenant, c'est vrai. Je m'y étais très mal pris les minutes précédentes. Enfin, je pouvais la renommer par autre chose que "la jeune fille russe". Je me sentais particulièrement bien, sur ce foutu banc. Il n'était pas confortable, mais l'air sentait bon, ce vent frais, mais pas froid, me ravissait. Quoi qu'il advienne, et peu importe les réponses sèches de la petite brune, je passais une soirée tout à fait inédite. Echanger, voilà quelque chose que je n'avais pas fait depuis fort longtemps.

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MessageSujet: Re: [ruelle Jefferson] "Ma peau me brûlait" [Saskia Kochka] {terminé}   Mar 26 Avr 2016 - 19:32

La Russe ne pouvait que compatir. Tout ce que le jeune homme lui exposait, elle en avait déjà eu sa propre expérience par le passé. Plus jeune, en Russie, elle aussi avait eu son groupe d'amis avec qui elle avait su s'initier aux joies de la défonce. Un jeu d'abord, et puis il fallait faire comme les autres, imiter Vadim qui donnait le tempo, sans quoi on se faisait huer et les autres riaient. Et Saskia, pauvre naïve, avait été assez stupide pour lui faire confiance et tout avait commencé avec la première taffe. Le reste avait suivi, peu à peu, elle avait touché à pas mal de merdes, son corps en demandant toujours plus avant d'errer à Palema une année. Ensuite tout avait peu à peu changé, doucement. Voilà que depuis des mois, elle n'avait touché à rien. La poudre blanche paraissait la narguer, scintillant sous les étoiles, n'appelant qu'un geste de sa part pour une nouvelle injection. Il n'y aurait rien de tout cela ici, elle le savait pertinemment. Et plus elle se laisserait aller à parler avec cet homme et plus l'échéance de ses retrouvailles avec la drogue serait retardée.

– Je connais ça, oui.

Elle n'était pas d'humeur à se dévoiler, à en livrer davantage la concernant. Alors pour l'heure, elle laissait le jeune homme parler. Si lui paraissait prêt à lui conter sa vie entière ou du moins son passif avec la drogue, il n'en était rien concernant Saskia. Il lui fallait du temps pour accorder sa confiance à quelqu'un et évoquer son passé n'était pas chose facile. D'ordinaire, les junkies préféraient se défoncer sans penser aux autres mais lui était différent.

– Saskia, finit-elle par avouer, garde la veste, j'en ai pas besoin.

Bien sûr qu'elle avait froid. Mais elle au moins ne risquait pas d'attraper un rhume, au contraire de ce grand dadais trop intelligent pour sortir en extérieur en pleine nuit sans le moindre manteau ou gilet ! Même si le soleil était présent en journée, la nuit restait froide et hostile. Au moins sa Nature, à défaut de lui permettre d'être insensible aux températures extrêmes, agissait comme une prévention contre les virus errants dans les environs. Mais cela, elle s'abstint de le mentionner, bien évidemment.

Ainsi, ce junkie était à son tour français. Elle n'était pas seule à être loin de son pays mais elle préférait épargner cette traditionnelle question poussée par la curiosité à Mathieu. Elle avait horreur de cela lorsque des êtres lui demandaient ce qu'elle faisait loin de son pays d'origine, peut-être en était-il de même concernant Mathieu. Enfin, cela ne la regardait pas.

– J'ai reconnu que c'était du français, je travaille pour quelqu'un qui a des origines françaises et qui emploie parfois cette langue, aussi.

Cassandre ne se retrouvait à parler français qu'en de rares occasions, notamment en présence de son père. En temps ordinaire, la langue parlée entre la Dame de Compagnie et la demoiselle s'approchait davantage de l’anglais ou, parfois, entre elles, du russe. C'était leur secret à toutes les deux, ainsi pouvaient-elles évoquer des secrets qui ne pouvaient être compris qu'elles deux. Le secret des Seraphs était bien gardé avec la langue russe pour messagère dès que du monde les entourait.

Elle prit le sachet entre ses mains, le remuant légèrement avant de le tendre à Mathieu. Il lui manquait ce produit pour sa pharmacie éphémère et ambulante. Au moins, maintenant, aurait-il un plus large choix parmi ses produits. C'était un cadeau empoisonné qu'elle lui faisait mais soustraire cette drogue à sa vue était la meilleure chose à faire.

– Tiens, prends-la. Ça fait des mois que je suis clean, des mois que je fais gaffe, que je lutte pour pas sombrer à nouveau... J'ai pas envie de tout gâcher maintenant. Y a des gens qui comptent sur moi, je peux plus déconner, vraiment pas...

Elle avait des regrets dans sa voix alors qu'elle s'exprimait pleinement. L'une des rares fois où elle ne faisait ni reproches, ni jugements vis à vis de Mathieu. Elle qui le condamnait à ne pas avoir osé s'en sortir, que faisait-elle ? Elle l'enfonçait un peu plus. Mais autant que cela serve à quelqu'un plutôt que de reposer dans les tréfonds d'une poubelle.

– Toi aussi p'têt qu'un jour t'essayeras de tout arrêter. Et tu diras merde au manque, merde à la bête qui s'agite en toi et qui te pousse à gerber, merde à toutes ces conneries. Parce que tu peux plus te permettre de décevoir à nouveau les gens qui n'ont que toi.

Elle pensait tout fort à Avdeï alors qu'elle disait ces quelques mots. Elle avait commis une première erreur en fuyant Moscou puis la Russie, passant trois années loin du garçon. Son vœu l'avait ramené et auparavant, elle avait tenté d'arrêter définitivement, sa dernière dose s'étant révélée un bad trio perturbant aux traits de son frère. Depuis, elle n'y avait plus retouché et Avdeï était là. C'était avant qu'il fallait jouer avec le feu, plus maintenant.

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MessageSujet: Re: [ruelle Jefferson] "Ma peau me brûlait" [Saskia Kochka] {terminé}   Mar 26 Avr 2016 - 21:29
Saskia, je pouvais enfin poser un nom sur ce petit oiseau au plumage enneigé. Un prénom que je n'avais jamais entendu. Aussi atypique que sa personnalité, que son accent, que son comportement.
Elle n'avait pas l'air de s'étendre beaucoup sur sa vie, contrairement à moi, qui suis pour tout le monde un véritable livre ouvert. Certains ne sont pas comme moi, je dirai même la plupart.
J'étais aussi ravi de trouver un point commun avec elle, j'avais remporté une manche, elle admettait que j'avais raison sur une chose. Les junkies se séparent en deux groupes, ceux qui profitent et ceux qui subissent. C'était évident qu'elle subissait. Un être qui a l'air aussi fragile ne peut pas s'éclater à la défonce, ça ne pouvait pas "fonctionner". Et pourtant, j'étais loin de me douter à quel point elle était forte.

Physiquement, déjà, elle marquait mon esprit. Elle refusa que je lui rende sa veste, elle disait ne plus en avoir besoin. Je comprenais presque instinctivement qu'il s'agissait de sa tolérance au froid. Quand on est une fille du géant Russe, on ne doit pas avoir la même perception de la fraîcheur que nous, petits Américains que nous sommes. Et ce ne sont pas mes origines qui vont m'aider, la France, l'un des Pays au climat le plus équilibré du monde.
Quelle audace elle avait, et quelle aura elle dégageait ! Je me sentais presque écrasé, et ce qui allait suivre allait confirmer cette sensation peu agréable.

Pour l'heure, j'étais content qu'elle s'ouvre un peu plus. Comme quoi, faire la morale n'apporte jamais à rien. Elle me disait reconnaître, non pas mon accent, mais la langue que j'ai parlé auparavant. J'en étais presque fier. A vrai dire, et pour tout avouer, je me la "pétais" toujours à l'école à parler le français. Le "chic à la française", ça en jette !

- La langue française est très belle ! lui dis-je en français. Je ne savais même pas si elle allait comprendre un seul mot de ce que je disais, et je m'en amusais un peu.

L'heure était à la détente, jusqu'à ce qu'elle me tende un sachet, rempli d'héroïne, une drogue que j'affectionne particulièrement peu. Mais je la prenais. Je finirai par la vendre, je m'en fichais, l'important n'était pas là. Elle avait abandonné l'objet du désir. Son pire ennemi. Et j'apprenais en même temps qu'elle était clean depuis un bon bout de temps.

- ... T'es plus intelligente que moi déjà !

Je pensais ces mots là. J'étais abasourdi. La fille que je prenais pour un petit oiseau fragile, venait en une fraction de secondes, d'effectuer le geste que je n'ai jamais réussi à faire. Se débarrasser de cette façon d'une telle chose, demande une détermination hors du commun. Et surtout une maturité que je n'avais pas. Quelle claque !
Et elle-même, alors que je voulais en premier la prévenir, me disait que je devais essayer d'arrêter. Comment ?

- Tu sais ... J'ai déjà essayé. Une quinzaine de fois ... J'ai dû tenir au maximum une semaine, sans quoi je tombais malade. Mon système immunitaire est à plat. Et même une ordonnance permettant de régler ce problème ne corrigeait pas mes symptômes dus au simple manque.

Je posais ce sachet au fond de mon sac, et j'allais fouiller dans mes poches. Je sortais un porte-monnaie, en lui affichant un grand sourire, franc, et un peu accentué par le GHB tout de même.

- Si tu as des gens qui comptent sur toi alors balance pas ton argent par la fenêtre, tu viens de faire profiter le vendeur d'une petite somme d'argent là.

Je sortais quelque billet, enfin, tous les billets que j'avais. Cela ne couvrait pas tout l'argent qu'elle a du dépenser. Moi je m'en fichais de cet argent, je l'aurai usé pour une connerie de toute façon. Alors autant que je fasse quelque chose que je ne regrette pas, et mieux, qui me permettra d'être un peu fier de moi.

- Ne refuse pas s'il te plais ! J'ai bien accepté ton gilet, c'est la moindre des choses.

Je m'empressa alors de lui tendre cet argent. J'avais presque besoin qu'elle l'accepte, c'était pour ma conscience. Ce geste était purement égocentrique. Je devais laver quelque chose au plus profond de moi. Je le regardais dans les yeux, chose que je n'avais pas fait avant.

- Tu en as certainement plus besoin que moi. Tu as cette volonté que je n'ai pas alors ne va pas gâcher ça. De l'argent on en a besoin pour vivre, et ne plus se contenter de survivre. J'aurai jamais la force de renoncer aux drogues. Toi si. J'insiste. S'il te plais.

Je me remontrais insistant, lourd, niais. Mais telle était ma nature profonde. Pour une fois, l'agent que je donnais n'allait pas être sale. Voilà cinq longues années que je ne consomme plus pour me droguer et grignoter des sucreries bon marché.

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MessageSujet: Re: [ruelle Jefferson] "Ma peau me brûlait" [Saskia Kochka] {terminé}   Mer 27 Avr 2016 - 0:37

Même le plus innocent des moineaux gelés pouvait dissimuler le plus puissant des rapaces. Saskia en était la preuve vivante. Alors qu'elle tentait tant bien que mal de se sevrer et que ses efforts portaient leurs fruits jusqu'à maintenant, elle avait failli tout gâcher. Pourquoi ? Parce que même la vie avec son frère était délicate et compliquée, houleuse en permanence et parsemée de silences de la part d'Avdeï et de cris de la part de Saskia. Chacun leur tempérament, chacun défiait l'autre à sa manière.

Le français n'était pas une langue connue de Saskia, elle n'avait entendu que Cassandre la parler, sans en avoir rien retenu. Apprendre l'anglais lui avait suffi et même si elle se débrouillait à l'oral, pour l'écrit ou la lecture, c'était tout autre. Seul son accent la trahissait encore. Ainsi que son nom, peu commun pour une Américaine. Maintenant, ils étaient deux avec Mathieu.

– ''On peut être deux à jouer à ça...''

Elle ignorait ce que le français avait bien pu lui dire dans sa langue. Compliment ou insulte, secret ou banalité, cela lui échappait. Aussi avait-elle répondu en russe à son tour. Elle se doutait que ce langage serait étranger au jeune homme et cela la fit sourire. Sa langue natale rêche et brute comme certains êtres humains n'était qu'un prolongement de son corps. Les sons claquaient sous sa langue, familier, amicaux, pendant que le français n'était qu'un terrain miné qui vrombissait sous ses tympans et se heurtait à son cerveau sans lui permettre la compréhension de ces quelques paroles.

Mais l'heure n'était pas au jeu. Et pourtant, c'était l'impression que ces deux-là donnaient.  Entre elle qui d'abord lui avait offert sa veste, les quelques phrases échangées insouciantes avant d'aborder des sujets plus graves comme leur point commun : la drogue. Mathias accepta la dose sans rechigner. Au fond d'elle-même, Saskia était soulagée mais la bête qui hurlait dans tout son corps et lui lacérait l'estomac, elle, était colère. Par réflexe, elle posa sa main sur son ventre. Cela remuait à l'intérieur, c'en était presque vivant et c'était horrifiant. Autre chose d'improbable se produisit, le junkie lui tendait de l'argent. Son argent. La demoiselle ouvrit de grands yeux ébahis. Sûrement avait-il mal compris, elle le lui offrait cette héroïne, elle ne la lui vendait pas.

– C'est pas une vente, c'est un cadeau ou appelle ça comme tu veux. En te la refilant, je m'en débarrasse et c'est mieux comme ça.


Mais il insistait. La liasse attendait patiemment dans sa main que l'échange ait lieu. Elle n'attendait rien de lui, elle lui avait confié sa veste que par pure altruisme et, elle s'en rendait compte au fil de ses mots, lui faisait de même avec cet argent. Un an plus tôt, sûrement aurait-elle accepté. Maintenant, tout était différent. Il la prenait pour une simple habitante du quartier Sud, à l'origine, depuis son arrivée, c'était ce qu'elle était. Mais tout allait changer. Elle ne souhaitait pas priver un honnête homme de ses biens.

– Quand je t'ai dit que je bossais t'à l'heure, c'était vrai. Pour une famille du quartier Nord, une héritière du nom de Cartier... Je suis bien payée, j'ai pas besoin de ton argent. Et puis, je vais sûrement pas tarder à m'installer définitivement là-bas alors tu vois, tu ferais mieux de le garder, ça te sera plus utile.

Mathieu paraissait encore plus misérable qu'elle. Il faut croire qu'en cet instant, elle devait faire sacrément pitié pour qu'il lui propose cet argent. Peu lui importait qu'un vendeur se soit enrichi à ses dépends, elle connaissait la marche à suivre chez les dealers, elle avait elle-même appartenu à ce groupe quand elle vivait encore à Saint-Pétersbourg et elle n'en était pas fière. Elle aurait mieux fait de s'habiller décemment ce soir, ainsi cet homme ne l'aurait pas prise en pitié. Parce que c'était bien de cela dont il s'agissait ; il la prenait en pitié alors qu'il n'y avait pas de quoi.

– Non.

C'était sa réponse définitive, elle ne reviendrait pas en arrière et empoigna la paume pleine de billets de Mathieu pour l'accompagner le long du cœur du jeune homme avant de relâcher enfin sa peau. Elle put ainsi constater que ses tremblements s'étaient arrêtés, le corps de l'individu ayant été rassasié pour un temps du moins. Tenir, c'était ce qu'il y avait de plus dur, elle comprenait parfaitement ses différentes rechutes, elle ne pouvait pas le blâmer, ce rôle n'était pas le sien.

– Tu veux vivre ou tu veux mourir ? Parce que si tu veux mourir, je peux pas t'aider.

Une manière comme une autre de lui proposer son aide. Elle ne le connaissait qu'à peine mais tous les junkies du monde avaient le droit de s'en sortir. Il lui fallait juste une raison de vivre, un but pour s'arracher à toutes ces merdes. Même la plus grande volonté du monde pouvait flancher à chaque instant. Elle ignorait tout de son parcours, de son passé et ne tenait pas à le savoir pour le moment.

– Par contre, si tu veux vraiment arrêter tout ça, là, je peux peut-être faire quelque chose pour toi.


Elle attrapa la fiole remplie de GHB  dans sa main. Le flacon de verre était tranquille dans sa paume et le liquide transparent oscillait dangereusement selon l’inclinaison de son poignet, tantôt montant, tantôt descendant. Puis, d'un  geste rapide et sec, elle balança le contenant contre le sol qui n'eut pour d'autre choix que de s'éclater contre le bitume, répandant le précieux contenu au milieu des morceaux de verres. Un geste fort et symbolique. Bien sûr, Saskia n'était pas dupe, Mathieu possédait toute une pharmacie dans son sac, toute une camelote de rechange. Elle n'avait pas l'intention de tout jeter, tout détruire. Déjà que ce garçon avait bien l'air de dépenser son peu d'argent en drogue, si elle sacrifiait toute sa fortune par sa seule force, ce ne serait que du gâchis.

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MessageSujet: Re: [ruelle Jefferson] "Ma peau me brûlait" [Saskia Kochka] {terminé}   Mer 27 Avr 2016 - 12:02
Après l'incompréhension de sa langue natale, qui est pour moi une langue brutale et rugueuse, j'allais me heurter à une autre question. Pourquoi ne voulait-elle pas de mon argent ? J'avais peur à ce moment là qu'elle penseque je la prenne en pitié. C'était tout l'inverse. Elle méritait plus cet argent que moi, et certainement plus que la plupart des junkies.
Elle me donnait une réponse à ces questions. Elle travaillait, mais surtout, elle comptait partir de ce quartier pourri. Elle avait l'air sincère. L'idée qu'elle me mente m'avait traversé l'esprit, mais c'est bizarre, je ressens ces choses là. Elle disait encore une fois la vérité. Décidément, elle commençait à m'y habituer.
Avec regret mais avec compréhension, je rangeais cet argent d'où il venait, et remettais le porte monnaie dans la poche.

J'étais ravi de ne pas être pris pour un idiot. Mon geste respirait la niaiserie à plein nez ... Saskia avait l'air d'être une femme assez brute. Je ne dirai pas "qui s'y frotte s'y pique", mais le moindre contact avec elle nous fait ressortir d'une conversation les mains pleines d'échardes. Un bois brut, et un peu mal découpé, certainement à cause de son expérience, parsemé d'épines qui se trouvent être les vérités qu'elle a subis. Aucun Junkie n'a la vie toute rose. Je l'avais compris bien avant de la rencontrer, on est tous un peu pareils. La cruauté du monde s'abat en particulier sur le quartier sud.
Je commençais à cerner à peu près le personnage, à tourner mes phrases pour ne pas la faire réagir comme au début.

Mais, une phrase, enfin, plutôt une question me désorienta totalement. Je n'étais pas préparé à ce qui peut être une question de formalité pour certains, et qui est pour moi, un véritable dilemme. Vivre ou mourir ? Souvent, oui, très souvent, je me disais que mon frère grandissait. Qu'il allait atteindre l'âge adulte avant que je puisse l'aider. Et s'il prenait exemple sur moi ? Et s'il se droguait à son tour ? C'était une crainte qui me rongeait. Chaque fois que je me suis dit ça, je n'en avais plus assez pour provoquer l'overdose. Et le temps d'en racheter, je me donnais une raison. Je devais arrêter. Pourtant, je venais d'en racheter. Alors je me disais "une petite dernière". Alors ... Vivre ou mourir. Au moment où elle me posait la question, j'hésitais encore, mais elle m'a prouvé qu'on pouvait avoir la volonté pour arrêter. Oui mais .. Je suis faible !!
Ma tête commençait presque à tourner, en quelques secondes, je me posais mille questions, avant de répondre.

- J'en m'en fiche de mourir mais ma vie dépend de celle d'un autre.

Cette phrase, cette réponse que je venais de prononcer, je ne l'avais pas réfléchie. Je me posais encore ces questions quand elle est sortie presque contre ma volonté. Et j'en étais ravi. Effectivement, si je meurs, Théo' mourra aussi. Mon petit frère. Il était ce qui m'était arrivé de mieux. Sans lui j'aurai chuté bien avant. D'ailleurs il m'a fallu quelques mois de son absence pour foutre ma vie en l'air. Je fais du suicide à petit feu.

Soudain je sentais une petite force s'emparer de ma "fiole" de GHB. Je pensais de suite qu'elle voulait s'en procurer. Je n'avais rien contre. La dose n'était pas bien méchante. Je lui céda alors, avant de voir une terrible scène de dérouler sous mes yeux. Elle empoigna le contenant, avant de le jeter contre le sol dur et bétonné. Je voyais cette scène au ralentis, les éclats de verre se séparaient, le liquide, certainement mon préféré, s'échouait lourdement au sol.
Je me levais subitement du banc.

- NON !, hurlais-je, hors de moi. Mon sang-froid ... Mon sang-froid je le perdais, encore.
Je me retournais vers Saskia, j'avais presque l'air dangereux, je le savais, je pouvais à peine me contrôler. Pourtant, ce n'était pas grand chose, mais c'était assez cher.

- T'es malade t'as une idée de combien ça coûte !??! Ma tête tournait, et bizarrement, encore, ma peau me brûlait.

- Regarde ça ! Tu te prend pour qui ! MERDE !!! Sur ces mots, j'administrais un violent, très violent coup de poing au banc, dont une planche s'était à moitié brisée. Le bois était pourri de l'intérieur, il n'attendait que ça, mais il attendait ma main avec toutes ses épines, certaines molles, certaines véritablement tranchantes. Ma main était en sang, et la douleur me redonnait le contrôle de moi-même.
J'étais choqué. Je n'aurai jamais frappé Saskia. Seulement j'allais l'insulter et ça ... J'ai rarement été aussi violent ... Je suis le responsable. C'est moi qui a pris, un jour, l'initiative de consommer de la drogue. Et c'est elle qui me mettait dans cet état là. Résultat : ma main et mon poignet avaient la peau déchirée et elles étaient pleines d'échardes. Mais me soigner n'était pas la priorité. Je devais m'excuser.

- P .. Pardon ! Saskia, vraiment .. Je voulais pas ...

Avec ma main saine, j'étranglais mon autre bras pour arrêter les saignements. Je ne pleurais pas, je ne pleure plus. Les goûtes de sang étaient là pour imiter mes pleurs de toute façon. Saskia ne se contentait pas de me faire voir la vérité ce soir. Contre son grès, elle m'a mis face à moi-même.

- C'est toi qui a raison. Je sus désolé. Je .. J'ai été trop loin je ...

Je me trouvais impardonnable. Un tel excès de violence pour de l'eau et de la poudre étaient injustifiable. Je me sentais idiot. Plus idiot que jamais.

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MessageSujet: Re: [ruelle Jefferson] "Ma peau me brûlait" [Saskia Kochka] {terminé}   Mer 27 Avr 2016 - 16:54

C'était un geste stupide, en vérité, celui que de bousiller la camelote de Mathieu. Sa réaction, elle aurait dû s'y attendre. Mieux, l'anticiper. Que croyait-elle ? Qu'il allait la remercier de gâcher définitivement une partie de son salaire, lui qui un peu plus tôt était prêt à se séparer d'un peu de son argent mais qui évoquait à nouveau le sujet pour la faire culpabiliser ? Des cris accueillirent son acte, bientôt suivis de près par un coup puissant, dirigé contre le banc de bois misérable. Des insultes fusèrent mais la Russe resta de marbre. Cette bête qu'était devenue Mathieu le temps d'un instant, cet accès de violence et de rage, comment ne pas retrouver en lui le souvenir perdu de sa première année d'errance à Palema ?

Saskia se mit debout. La situation lui échappait, débordait complètement. Pourtant, pour le moment, elle n'était pas en danger. Elle jouait avec le feu et savait que le jeune homme avait une force physique bien plus importante que la sienne, s'il décidait de s'en prendre à elle comme punching-ball vivante, elle n'aurait d'autres choix que de riposter, soit par un trait aussi brûlant et vif qu'un poignard, l'une de ses flèches qu'elle pouvait matérialiser dont elle avait le secret, soit en appelant à l'aide l'une de ses créatures dociles et aimables. Mais rien de tout cela pour le moment. Le sang suintait depuis la peau de Mathieu, de fines gouttelettes rouges qui débordaient telle une cuve trop pleine depuis son poing toujours fermé. Déjà, sa main intacte tentait d'apaiser le flux rugueux aussi mouvement qu'une rivière en pleine tempête. Saskia vint se joindre à son geste, posant sa main contre la sienne, sale et abîmée, des échardes plein la paume.

– Non laisse, c'est ma faute, j'aurais pas dû faire ça...

Au moins avait-elle pu juger à quel point le junkie était trop pris dans ce cercle vicieux sans fin éternel. Sans aide, il ne s'en sortirait pas. Elle ignorait de qui il pouvait bien dépendre mais ce n'était pas là l'important. La crise était passée, les nerfs à plat faisaient bredouiller des excuses au garçon pendant qu'à son tour, Saskia s'excusait. C'était un beau concert de culpabilités qui se jouait sous cette nuit frêle et agitée, épiant chacune des paroles du duo et leurs moindres faits et gestes. Les étoiles souriaient là-haut, moqueuses et attendries par cette vision surréaliste.

– Ecoute, je te le rembourserai si tu veux, c'est pas le problème, mais en attendant, faut s'occuper de ça, tu veux bien ?

Du sang sur les mains des deux protagonistes. Ce n'était pas bien beau à voir mais la blessure paraissait affreuse, le sang rajoutait un côté dramatique et tragique à ce qui se jouait en cet instant. Elle n'avait rien sous la main pour soigner l'hémorragie, il était d'autant plus ironique qu'il lui aurait suffi de fouiller un peu dans le sac à pharmacie de Mathias pour trouver de quoi substituer la douleur. Mais cela devait être supportable. Elle ne songeait pas qu'elle serait capable d'apporter des blessures même aux humains. Howard blessé par sa faute lors d'un entraînement, son tout premier, Ethan à son tour blessé suite à son incapacité à maîtriser son arc et ses flèches et maintenant Mathias, simple humain lui semblait-il, en sang par son geste naïf et niais.

– Tu vas venir avec moi et je vais m'occuper de ta blessure, ça te va ? T'es d'accord ?

Elle lui parlait comme à un grand enfant. C'était ce qu'il était, c'était ce qu'ils étaient tous. Le masque sombre et froid était tombé, brisé au sol. Elle redevenait celle qu'elle avait toujours été pour Avdeï d'abord, puis pour tous ceux qu'elle avait un jour pris sous son aile. Douce et amicale pour ne pas l'effrayer davantage. Il lui paraissait être un ours en cet instant, une créature à la puissance démoniaque, prêt à détruire au moindre faux pas. Alors Saskia tentait d'éviter au mieux ce faux pas.

Le sac plein de matos atterrit dans sa main recouverte de rouge pendant que l'autre attrapait la paume valide et intacte de Mathieu pour le guider, marcher en sa compagnie. Elle avait la chance de ne pas habiter bien loin de cette rue mal famée, le trajet de retour serait simple et rapide. Du moins si Mathieu acceptait de coopérer.

– J'habite pas très loin, c'est à cinq minutes à pied.


Sa voix aussi douce que du coton pour tenter de l'apaiser un maximum. C'était une voix de rossignol qu'elle avait là, une voix de merle bleue aussi, pour rester aux Etats-Unis. Il était curieux de constater qu'elle allait s'occuper d'une blessure ce soir, mais pas celle qui suintait dans son dos et que déjà elle n'entendait plus hurler mais celle du jeune homme. Il n'y avait guère besoin de combattre des Ombres pour se retrouver avec une cicatrice, le danger pouvait provenir et sauter en pleine gueule à tout instant.

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MessageSujet: Re: [ruelle Jefferson] "Ma peau me brûlait" [Saskia Kochka] {terminé}   Mer 27 Avr 2016 - 20:09
[HRP] T'as encore dit Mathias XD [HRP]

Mes pensées s'étaient assombries. Il était aussi dur d'y voir quelque chose que d'observer la faune en eau trouble. Est-ce que je savais au moins qui j'étais. La douleur, vive, poignante, presque traumatisante, résonnait jusque dans ma boîte crânienne. Est-ce que seulement, je suis capable d'élever un adolescent comme Théophile ? Est-ce que de simples prières suffiront ? Et toutes mes promesses, foutues en l'air, tous mes "une dernière fois, plus qu'une" me caractérisaient plutôt bien au fond. Un petit être minuscule, se faisant écraser par le poids de la vie. Surmonter les obstacles ? Ils me paraissaient géants fâche à ma lâcheté qui me rapetissait. Un incapable, un moins que rien, un nul, maman avait raison.
Je tentais de trouver une réponse à mon acte, j'allais me noyer dans cette eau trouble, quand une petite voix m'extirpa de ma hantise. Cette voix semblait venir d'un grand couloir, ou d'une autre pièce. Pourtant nous étions dehors, et elle était à côté.


– Ecoute, je te le rembourserai si tu veux, c'est pas le problème, mais en attendant, faut s'occuper de ça, tu veux bien ?

De l'argent ... C'est vrai que j'avais dit que ce flacon coûtait cher. Mais c'est surtout l'envie du produit qui m'a poussé à un tel acte. Cette zone du cerveau, particulièrement sensible chez moi, a crié alerte. J'aurai été prêt à lécher le sol si je n'avais pas un minimum d'humilité. C'est elle qui a insulté Saskia, et c'est moi qui aie frappé ce banc pourri pour la faire taire.
D'ailleurs ... Je l'ai frappé. Merde ! Un idée me vint directement.

Je m'empressa de regarder en détail ma blessure, j'étais inquiet. Mais, au bout de quelques secondes, je vis que je ne m'étais pas entaillé de veines ou d'artères. J'ai frôlé l'hémorragie. Soulagé, je prenais la peine de répondre à la petite russe.

- T'en fais pas. C'est pas l'argent le soucis. J't'ai menti, c'est moi. Et puis bon, mon découvert ne va pas pleurer pou sept ou huit dixaine de dollars. T'en fais surtout pas et .. Encore une fois je m'excuse. Juste ...

Un court silence semblait s'installer, où les regrets me submergeaient, s'ajoutant à mon sombre esprit, presque plus rempli de noirceur que de limpidité. Ma main droite tremblait. Le stress, un effet de manque activé par la vision d'un drogue qui partait en fumée ? Non. L'autre ne tremblait pas. Ma main n'a pas apprécié. Je ne m'étais pas coupé de veine, mes plaies n'étaient pas grave. Seulement certaines entailles étaient plus profondes que je ne le pensais.

- Saskia, je crois que j'ai besoin de points de suture.

Je n'étais pas très sérieux. Je prenais ça à la rigolade, j'étais prêt à la suivre. J'ai surtout regardé si je ne m'étais rien taillé. "Je m'attarderai plus tard sur les bobos" je me disais. Alors je ricanais. Elle ne devait pas trop s'en faire pour moi. Mais quand même, je suis stupide, je ne m'étais pas épargné ! Et puis je suis droitier, et bien sûr, c'était cette main que j'ai utilisé pour frapper ce foutu bout de bois. Bah oui, j'écris avec la droite, je frappe avec cette même main. Et dans tout ça, je réfléchis quand ?

Je plaisantais toujours. Saskia me proposais de s'occuper de moi, c'était peut-être la meilleure solution. Alors confiant je la suivais. Pourquoi ? Je devais me faire pardonner, et donc lui parler un peu plus. Et secondement, elle n'avait pas pris la fuite pendant ma crise de rage. Je ne regrettais pas d'être venu lui parler. Bon, je regrette un peu ma blessure, mais ça c'est de ma faute. Décidément le self contrôle, quand on le perd, il peut devenir dangereux.
Il suffisait qu'elle m'affirme qu'elle n'habitait pas loin pour la suivre.

On prenait alors la route ensemble, traversant certaines rues plus rassurantes que les autres. Seul, je n'aurai pas pris peur. Mais avec elle, une femme, moi blessé, et tous ces gens mal intentionnés qui traînaient, je craignais que l'issue de cette "balade" se termine mal.
Pour couvrir se malaise, je me mis à parler, peut-être plus que de raison.

- J'espère que tu sais que je ne t'aurai jamais frappé ? Hm ? Parce que même si tu t'excuse, même si tu dis que c'est de ta faute, ton geste partait d'une bonne intention. Je me sens vraiment mal d'avoir fait ça ..

La culpabilité, de tout et de rien me saisissait encore, comme les deux crochets d'un serpent qui injectaient leur venin dans ma raison.
Je fatiguais. Me poser des questions, perdre mon sang ... Tout cela puisait dans mon esprit vital. Je regardais mon bras.

- Tu sais couturer les plaies ? ... J'ai dis que je pensais avoir besoin de points de suture mais ...

Je tendais mon bras. Ecorché de partout, dans un état misérable. Une plaie, profonde, partait du milieu du pouce pour finir au niveau du poignet, en frôlant les tendons et os qui passaient par là. Oui, on les voyait. Et si seulement c'était la seule nécessitant des soins ... C'était quand même la plus sale.

- Alors ? Tu sais le faire ? On a va à l'hôpital ?

Je ne le disais pas, mais j'avais très envie d'y aller. De plus, on pouvait nous suivre à la trace tant je perdais de sang. Un petit dilemme se posa en face de nous.

Invité
MessageSujet: Re: [ruelle Jefferson] "Ma peau me brûlait" [Saskia Kochka] {terminé}   Mer 27 Avr 2016 - 23:55

[Mais... Mais... Va falloir que tu changes le nom de ton personnage, je vais jamais m'y faire ! xD]


La blessure était laide. Vraiment. Ecoeurante. Pourtant, ce n'était qu'un peu de sang qui coulait depuis cette main, ce sang qui la dégoûtait, cette vie qui galopait pour s'enfuir hors de cette chair à vif. Et elle qui avait proposé de s'occuper de lui. Elle avait bien quelques bandes de gazes chez elle, parfait pour arrêter l'hémorragie, tout le nécessaire pour désinfecter aussi mais cela s’arrêtait là. Du moins, ses compétences, ou plutôt son absence de compétences en matière de guérison, s'arrêtait là. Elle se rappelait ses paroles en direction d'Ethan lors de sa première Ombre, elle et son regret de ne pas posséder un pouvoir lié au soin. Ce regret la narguait un peu plus, creusant un sillon dans sa poitrine alors que ses yeux bruns se posaient sur la main rouge de Mathieu.

Face aux paroles apaisantes de Mathieu, elle tressaillit presque. Le monstre qu'il était quelques minutes auparavant avait totalement disparu. Ne restait plus qu'un jeune homme désarmé et malade, ayant grand besoin d'aide, qui se présentait à elle. Elle ignorait si oui ou non il aurait été capable de porter la main sur elle. Elle n'aurait pu parier sur l'une ou l'autre des possibilités.

– Non, je ne le sais pas.

Ils ne se connaissaient pas il y a quelques dizaines de minutes encore. Ils n'avaient fait qu'échanger leurs noms. Rien d'autre. Elle ignorait tout de sa nature profonde, de la violence qui pouvait l'agiter parfois. Oui, elle avait eu peur lors de sa crise démente, elle avait eu peur qu'il la frappe alors qu'il vienne ensuite lui assurer que le contraire aurait été impossible avait de quoi l'étonner.

Si cela n'avait tenu qu'à elle, elle n'aurait pas réfléchi, comme en cet instant, et aurait tenté de soigner tout cela à sa manière. Mais Mathieu n'était pas contractant, elle n'avait aucun moyen de s'en assurer, mais son corps ne l'aiderait pas à se remettre de ses blessures. Comme tout être humain, il avait besoin de repos, énormément, et cela, elle n'y pouvait rien.

– La couture, ça a jamais été mon fort, finit-elle par avouer, je préférerais éviter de prendre ta main pour un rosbeef.

Une viande saignante. C'était ce que lui inspirait cette vision en ce moment même.  Elle s'était arrêtée, suivie de près par le jeune homme. Ils étaient à mi-parcours et il lui fallait réfléchir, vite. Avdeï était seul chez elle et cela ne la rassurait pas. Alors oui, elle aurait préféré pouvoir rentrer derechef chez elle, accompagnée ou non mais le cours des événements en avait décidé autrement. Il fallait qu'elle arrête de surprotéger son petit frère, il avait quinze ans désormais, quartier Sud ou non, il était à même de vivre sans avoir en permanence son aînée sur son dos. Mais il restait son petit frère et l'instinct qui poussait Saskia à l'étouffer était plus fort que toute raison.

– J'aime pas les hostos mais c'est p'têt la meilleure chose à faire oui. Déjà pour ta main, et puis comme ça, ils pourront peut-être faire quelque chose pour toi, te conseiller un centre de désintox' ou quelque chose du genre ? Paraît que ça marche bien, ce genre de thérapies.

Elle n'avait jamais eu l'occasion de mettre les pieds dans un tel lieu. Elle n'en avait pas eu besoin et avait réussi à sortir la tête du caniveau en solitaire. Mais elle comprenait que d'autres, tel Mathieu, nécessitait d'un suivi médical et d'être entouré pour éviter toute bêtise. Il serait sûrement pris en charge immédiatement et Saskia se rappelait cette charmante infirmière qui s'était occupée d'elle après les attentats du quartier Est. Elle avait su soigner sa jambe meurtrie et blessée par balle alors qu'elle ne faisait de base qu'une tournée hebdomadaire pour distribuer seringues stériles aux junkies comme Saskia. Oui, ce serait sûrement la meilleure chose à faire.

– Je veux bien t'accompagner à l'hôpital mais seulement celui du quartier Sud. Mon frère m'attend chez moi, je me vois pas traverser tout le quartier pour atteindre celui de l'Est et refaire le trajet ensuite, ça ferait trop loin.

Elle était la preuve vivante que la médecine du quartier Sud valait celle du quartier Est. Mais moins elle fréquentait ce type de bâtiments, mieux elle se portait. Son passé de junkie qui l'influençait sûrement, elle était presque étonnée que Mathieu ne rechigne pas à aller à l'hôpital et, qu'au contraire, il propose de son initiative ce choix intriguant mais sensé.

Peut-être était-ce abandonner un peu Mathieu que d'opter pour la facilité, que de faire passer sa famille bien portante avant ce junkie en sale état par sa faute. Mais c'était lui qui avait écrasé sa paume contre le banc, pas elle. Même si elle avait été l'étincelle suffisamment forte pour allumer cette mèche qui ne demandait qu'à s'enflammer, elle n'avait rien fait de regrettable.

Invité
MessageSujet: Re: [ruelle Jefferson] "Ma peau me brûlait" [Saskia Kochka] {terminé}   Jeu 28 Avr 2016 - 11:08
[En route vers la clinique du Sud.]

La clinique principale du quartier sud est un bâtiment de taille moyenne s'élevant sur 3 étages, plutôt petit pour un tel établissement. Disposant de moyens limités et d'un équipement se faisant vieillot, il a l'avantage d'offrir à tous des soins d'une qualité respectable, quoi que la clinique manque de nombreuses ailes spécialisées. En outre, au vu du quartier, les urgentistes ont appris à éviter de poser trop de questions sur l'origine des patients et sur celle de leurs blessures.

Nous examinions ma plaie. Elle était terrible, on pouvait y voir tous les détails de l'anatomie de la main, muscle, tendons. C'était plus écoeurant que tout ce que j'ai pu voir jusque maintenant. On n'a pas beaucoup d'occasions pour se blesser quand on est Junkie. Même le cadavre froid du dealeur m'avait moins donné la nausée. Mais les souvenirs de ce soir marquera moins mes esprits que cette fameuse journée.
Je commençais à m'écarter du problème, quand Saskia avouait ne pas être faite pour la couture. Enfin, pas celle exercée sur le corps humain en tout cas.

Alors, du coup, que fait-on ?

L'hôpital fut sa réponse. Et j'étais entièrement d'accord avec elle. Je savais qu'il existait une clinique dans le quartier. Elle n'était pas vraiment à côté, mais elle avait le mérite d'être celle qui ne fuit pas le problèmes de ce quart de ville. Alors je sortais mon portable.

- Ouais. Je sais pas s'ils vont me garder très longtemps dans le centre. Je suis malin comme un renard, on dirait pas, mais si j'ai envie de ramener de la drogue là bas je le ferai ! Mais bon. Ca peut toujours être une option, de tout façon, dans l'état dans lequel je suis.

Je parlais évidemment de mon état quant à la drogue. Et aussi mon état psychologique. La dépression n'a rien de très amusant. Si on accouple ça à la solitude et aux substances illicites, on a un parfait cocktail pour se bousiller le moral.
Pour moi, le centre de désintoxication était synonyme de douleurs abdominales, de brûlures, d'acouphène, de tremblement .. De vomissements. C'était difficilement envisageable, du moins jusqu'à sa révélation.

- Mon frère m'attend chez moi

J'osais espérer que c'était son grand frère. L'idée que Saskia allait rentrer chez elle pour se défoncer me provoqua un horrible frisson.
Je ne dis rien, au début, je me contentais de composer le numéro des urgences.

- Attends ça sonne. disais-je à Saskia avant d'entendre une voix à l'autre bout de téléphone.

- Allo ... Oui ... Oui je peux patienter. Deux longues minutes plus tard. - Oui ! Ah ! Quoi c'est pas la clinique Sud ? Okay, vous pouvez me les joindre alors ? Merci. Deux autres longues minutes plus tard. Putain ils vont me faire crever de vieillesse ! Bip. "Allo, allo ?" Bip. Ils ont raccroché pendant que je te parlais !!! Les en ... Foirés !

Je recomposais alors le numéro des urgences, et nous étions repartis pour un vrai cirque.

- La clinique sud s'il vous plais. Merci. 2 minutes, encore. Oui ! Allo ! La clinique sud ! J'appelle pour une blessure à la main, je peux difficilement venir jusqu'à vous ... Eh bien ... J'ai passé mes nerfs sur un banc et ... Oui ... Oui je sais c'est stupide. Arrêtez de rire maintenant. S'il vous plais j'trouve pas ça drôle. Bon. Laissez moi parler un peu, bon, je nécessite au minimum des points de suture. Je crois que je me suis sectionné un tendon aussi. Si je saigne ? Un peu ouais. Enfin j'ai eu le temps de saigner en attendant que vous répondiez. Ouais. Bref. Je suis dans la rue ****. Dans cinq minutes ?! Génial vous prenez moins de temps à venir qu'à répondre au téléph ... Bip. Elle me raccrocha au nez.

Epuisé, je m'asseyais par terre, mon dos posé contre un arbuste non loin. Je ne me posais pas la question de ce qu'il pouvait y avoir de sale dur l'écorce. Non, une autre question me tordait l'esprit.

- T'as un frère qui vit chez toi ? Quel âge a-t-il ?

J'abordais la question avec un ton intéressé, comme si j'étais heureux pour elle. Alors que je m'inquiétais, et surtout, je commençais à faire le parallèle avec ma vie. Mon ventre se tordait. Les larmes montaient sans jamais se montrer. J'anticipais la réponse. En vrai, j'imaginais un tout petit frère. Comme le mien, 10 ans à peu près.

En attendant la réponse, je calais ma tête entre les genoux de mes jambes repliées. Cinq minutes, ça risquait d'être court. Je passais le temps, à lancer des cailloux vers l'autre côté de la rue.

- Et toi du coup ? Je sais que ça ne se fait pas de demander l'âge à une demoiselle. M'enfin bon t'es jeune, alors je suppose que cette règle ne s'applique pas !

Un bruit de véhicule se faisait entendre au loin. Un véhicule lourd, presque sans aucun doute une camionnette d'ambulance. Et quelques secondes suffisaient pour voir que j'avais raison. Un urgentiste descendait.

- C'est vous la personne qui nous a appelé ?

Je me levais alors, m'aidant un peu de Saskia. Eh oui, pas facile de se lever avec qu'une main, surtout quand on est aussi empoté que moi !

- Oui c'est moi !
- Puis-je voir l'état de votre main s'il vous plait ?

Je la lui tendais. Je voyais sur son visage que j'avais raison de les appeler. Je regardais Saskia, en lui susurrant doucement.

- Je suis un gros boulet. J'ai pas envie de lui dire, à lui, comment je me suis fait ça. C'est pas le centre de désintox qui m'attend, c'est l'asile ! Haha !

Soudainement, le médecin me coupait sans le vouloir.

- Dire que vous vous êtes fait ça en cognant contre un banc !

Et merde !

- BON ! Alors, votre main est pas mal endommagée. On va vous amener .. Mais je ne pense pas qu'un tendon soit sectionné. La dame vous accompagne ?

Si elle n'a pas changé d'avis, Saskia devait m'accompagner. Je ne répondais quand même pas, j'attendais qu'elle le fasse pour moi. L'arrière du véhicule n'attendait que moi, ou que nous ! "Ce sera vite fait", me rassurais-je. Mais bon on verra. Le plus problématique restait de savoir comment rentrer chez moi après. Bof .. Je n'étais pas si loin de la clinique.

- Alors, Saskia ?

Invité
MessageSujet: Re: [ruelle Jefferson] "Ma peau me brûlait" [Saskia Kochka] {terminé}   Jeu 28 Avr 2016 - 16:19

Si un junkie souhaitait faire passer de la drogue en douce dans un centre, il y parviendrait. La vraie question était de savoir si oui ou non l'intéressé  était prêt à se couper de toutes ces merdes, sans quoi la thérapie n'aurait aucune chance de fonctionner. Le personnel médical aurait beau donner tous les placebos possibles à Mathieu, si sa volonté ne surpassait pas tout le reste, si elle n'était pas aussi puissante que son poing qui s'était écrasé contre ce banc un peu plus tôt ce serait tout bonnement inutile. Mais la demoiselle garda pour elle ces tristes pensées, il y avait des choses plus importantes à faire dans l'immédiat qu'une leçon de morale. Voilà que les rôles s'inversaient, c'en était perturbant.

Elle laissa le garçon appeler les urgences et attendit. Un long dialogue de sourd s'ensuivit ensuite, un véritable cirque avec Mathieu dans le rôle du clown. La demoiselle pouffa légèrement, tant la situation était drôle aux dépends du jeune homme. Elle se retint bien vite de se moquer davantage, redevenant sérieuse, pour un temps du moins, le temps que le garçon puisse expliquer sa situation actuelle, ou plutôt celle de sa main qui n'était plus qu'un amas de viandes cru et vif rougeâtre. On aurait dit un cadavre ayant trop saigné mais toujours vivant. Ne manquait plus que l'odeur et les vers et autres nuisibles et cette main aurait été prête pour glaner un beau rôle à une victime dans un énième thriller.

– C'est mon petit frère, il a quinze ans, moi j'en ai que dix-sept.

Elle avait répondu avec nonchalance à sa question mais avait toutefois saisi l'intérêt soudain que portait Mathieu à Avdeï. La famille était peut-être sacrée chez lui aussi. Mais de famille, Saskia ne considérait que son cadet comme un membre à part entière, ayant depuis longtemps coupé les ponts avec son père et sa mère, n'ayant pu retrouver Avdeï que grâce au vœu de la créature magique qui s'était présentée à elle. Elle, elle ne regrettait pas. Mais il lui semblait qu'Avdeï, lui, restait à contre-coeur à Palema, par obligation. Elle craignait qu'un jour ou l'autre il ne finisse par lui filer entre les doigts. Après tout, la première fugue de la demoiselle n'était vieille que de trois ans, le jeune Russe était en droit de suivre le mauvais exemple de son aînée pour reproduire ses erreurs. Elle veillerait à ce que cela n'arrive jamais mais ne pouvait se le persuader. Elle avait déjà le sentiment d'être une mauvaise grande sœur, si pareil événement se produisait, la remise en question serait inutile, nue qu'elle serait face à la vérité décharnée.

L'ambulance perça le silence de cette nuit agitée et étonnante. Un homme en sortit, les observant tour à tour avant qu'un dialogue ne s'installe entre Mathieu et le nouveau venu. Saskia, elle, garda le silence, se contentant d'aider Mathieu à marcher. Ce qui était stupide en soit, il était blessé à la main, non pas à la jambe, il aurait très bien pu faire ces quelques mètres jusqu'au véhicule sans son aide.

– Je viens, oui, décida-t-elle, moi aussi j'aurais besoin de soins, j'ai une sale blessure dans le dos...
– Laissez-moi deviner, vous aussi vous avez passé votre colère sur un banc ? rigola-t-il doucement avant de redevenir plus sérieux, montrez-moi ça.

La demoiselle releva son débardeur sous la lumière, faisant apparaître son dos pâle strié d'une longue blessure pareille à une lame se découpant sous les étoiles. Longue de dix centimètres, elle venait prendre naissance à la base de sa nuque jusqu'au milieu du dos. Le sang avait fini de s'évader depuis longtemps et déjà la douleur se faisait moins lancinante, lui ayant laissé du repos. L'Ombre ne l'avait pas ratée. La griffe principale laissait un profond sillon sur sa peau pendant que d'autres griffures parsemaient sa chair de porcelaine, moins profondes et moins importantes. Un peu de sang avait séché sur son vêtement qu'elle s'empressa de laisser tomber à nouveau pour masquer les restes de son combat.

– Un banc très agressif ma parole... Vous auriez dû nous appeler sitôt cette blessure contractée ! Les jeunes vraiment, à croire que c'est l'inconscience qui vous pousse à agir, parfois !

La demoiselle le laissa la sermonner, bien qu'elle n'était pas dupe et savait pertinemment que cette nouvelle leçon était aussi désignée à Mathieu. Entre lui qui se brisait la main à cause d'un banc en bois et elle qui se retrouvait blessée mais ne faisait rien, ils faisaient un sacré duo qui aurait mérité une pluie d'applaudissements pour récompenser leur naïveté et leur stupidité.

– J'ai glissé dans ma douche et me suis écorchée parce que c'est pas mal de bidouillages et de trucs coupants chez moi, si on y fait pas gaffe, ça fait ça.

Le garçon leva les yeux au ciel avant de leur faire signe à tous deux de monter à l'arrière. C'était bien sa veine de tomber sur deux cas de la sorte !

Saskia ne se fit pas prier et grimpa, bientôt suivi de près par Mathieu. C'était bien parce qu'il était là qu'elle acceptait de se faire conduire dans ce lieu saint de la guérison qui lui donnait la nausée. Sans quoi, elle serait tout naturellement rentrée chez elle et aurait tenté de faire disparaître cette blessure de guerre avec les moyens du bord, quitte à aller au QG des Seraphs dès le lendemain matin pour que des êtres plus expérimentés prennent soin d'elle.

– Tu crois qu'on va en avoir pour longtemps, là-bas ?


Elle pensait inévitablement à son petit frère. À cette heure-ci, elle espérait qu'il dormait encore sans s'être réveillé brutalement comme il lui arrivait parfois. Elle croisa ses bras et posa sa tête contre la paroi froide de l'ambulance.

Invité
MessageSujet: Re: [ruelle Jefferson] "Ma peau me brûlait" [Saskia Kochka] {terminé}   Ven 29 Avr 2016 - 19:26
Elle venait ! C'était une excellente nouvelle pour moi. A l'entente de l'âge de son frère, je me disais qu'il pouvait se débrouiller seul. Evidemment aucun détail ne m'a été donné. Seulement son âge.
Mais j'étais plutôt confiant ! Je pensais que malgré les circonstances, je ne serai pas seul, à l'hôpital. Cela me réconfortait, je n'aimais pas beaucoup ce genre d'endroits. Enfin, c'était surtout l'odeur qui me dérangeait.

Saskia disait être blessée elle aussi. Je sursauta légèrement, étonné par la nouvelle. Je regardais alors, plein de curiosité, l'étendu des dégâts. Et je vis une longue plaie, qui commençait déjà à cicatriser visiblement. Mais ... Elle est folle de ne pas être allé aux urgences ! J'y serai allé pour moins que ça moi ! Mais je ne pouvais la juger. Elle a peut-être gardé le secret pour son frère, peut-être devait-elle s'occuper de lui à ce moment là. Et puis, ce petit bout de femme a du caractère ! 17 ans, et on dirait qu'elle est prête à enseigner la vie à d'autres. C'est une belle leçon que j'ai reçu ce soir.

Cependant, j'étais un peu en rage. Oui. Ce toubib, je ne pouvais décidément pas le saquer !!!

– Laissez-moi deviner, vous aussi vous avez passé votre colère sur un banc ? . Et toi petit c**, tu t'es passé les nerfs sur tes cheveux pour avoir une telle calvitie à ton, âge ? Grrrrr !!!
Et le pire, c'est que le bal des références ne se terminait pas là !

– Un banc très agressif ma parole.... Ma pensée à ce moment là ? Hmmm . J'avais une envie pressante de lui administrer un magistral un coup de boule. Evidemment, je canalisais tout ça et je décidais de me retenir. Je restais silencieux, même si mon sang bouillonnait.
Après s'en suivit une explication extrêmement peu convaincante de Saskia. En y repensant, sa plaie me faisait penser à un coup porté par couteau. Je n'en n'ai jamais vu, seulement voilà, c'est juste ce qui m'a traversé l'esprit. Et comme Saskia nous avait sorti quelque chose de quasi invraisemblable .. Je lui en parlerai plus tard.

J'avais avec moi ce sac bourré de mes drogues. Je ne pouvais pas l'emmener à l'hôpital .. Mais pourquoi pas ? J'hésitais. Qu'en faire ? Je me sentais incapable de l'abandonner, mais pourtant, quand je repensais à tout ce que j'avais vécu ce soir là, je commençais à envisager cette possibilité. J'ai mon frère, et elle aussi. Elle a arrêté, et même avec ça, cette saloperie allait gâcher encore leur vie. Plus jamais. Enfin ... Si en rentrant .. Une dernière fois ! Pour me récompenser, après avoir subi les douleurs avec ma main !! Quoi que ...
Le doute s'installait. Je fermais les yeux, et d'un geste brusque, je jeta le sac rempli sur un banc, non loin de l'arbre sur lequel je m'étais posé. Je lui tournais le dos, et me dirigeais vers le camion. Ils auront qu'à se servir. C'était sans moi.

Je montais avec elle dans le véhicule, et aussitôt, une question fit irruption, comme si cette dernière nous pouvait pas attendre une seule seconde, alors que nous allions être bloqués pendant cinq minutes dans cette caisse en métal.

- Pour moi ils passeront moins de temps que pour toi je pense ... A moins que la chirurgie des doigts soit compliquée ... Mais tu n'as aucun moyen de joindre ton frère ? Par téléphone par exemple ... ?

Je posa mon dos contre le froid glacial de l'engin. On l'entendait foncer, et on ressentait la vitesse à travers cette fine plaque de fer. J'avais presque l'impression d'être dans le vide. Mais bon. Je regardais Saskia, un peu soucieux. Je commençais doucement mon "interrogatoire", enfin si c'en est. J'étais plus détendu depuis ma grosse bêtise.

- Vous n'avez que deux ans d'écart ton frère et toi ? Vu comme tu le cocoone, tu dois en avoir la garde non ? Parce que t'es assez jeune. C'est étonnant.  

Elle aurait pu vivre avec ses parents mais son attitude me faisait penser que, soit ses parents étaient indignes de confiance, soit elle vivait seule avec son frère. Il s'est avéré que j'avais raison. Quand j'aurai la garde de mon frère, je le sais, je l'élèverai comme ça, loin du tumulte du quartier.

A propos, je commençais déjà à regretter d'avoir balancé mon sac. Je sentais arriver le manque. C'était un état purement psychologique. Je savais que je n'étais plus en possession de l'objet qui me soigne mes maux. Un petit mal de crâne vint. Rien de bien méchant pour le moment.

- Saskia ... C'est vrai cette histoire de chute dans la salle de bain ? C'est assez incroyable que tu te sois fait une telle blessure toute seule, et surtout que tu sois pas allé à l'hôpital juste après. Je sais pas s'ils sont du genre à poser des questions dans cette clinique, mais ils vont croire qu'on t'a battu. On dirait que c'est le cas. Je dirai rien là dessus, t'inquiète, mais peu importe comment tu t'es fait ça, maintiens bien ton histoire de chute dans la d ...

L'arrêt du bruit du moteur, qui était constant, me stoppa. En entendait deux portes claquer, des pas, et la grande porte située derrière finissait par s'ouvrir.

- Vous pouvez marcher tous les deux ?

Je fis signe que oui, et je sortais enfin de cette camionnette inconfortable. Je sentais l'air se reposer sur ma peau, cet air frais, accueillant. Mes yeux se levaient vers l'infrastructure en face de moi, éclairée dans la nuit noir par toutes les petites lumières venant des chambres des patients. C'était la Clinique sud, elle était là, et j'allais y passer un petit peu de temps.

Invité
MessageSujet: Re: [ruelle Jefferson] "Ma peau me brûlait" [Saskia Kochka] {terminé}   Sam 30 Avr 2016 - 2:00

Il faisait nuit depuis longtemps déjà, le sommeil s'était installé dans chacune des masures du quartier Sud et Saskia n'avait aucunement l'intention de passer un coup de téléphone dans l'optique de réveiller son frère pour qu'il s'inquiète de sa soudaine disparition temporaire. De toute façon, même si désormais elle possédait un portable pour joindre en cas de souci la maison Cartier ou Cassandre, Avdeï, lui, n'en avait pas encore, ce qui avait valu nombre de disputes à ce sujet entre la grande et son frère. Ce n'était qu'une question de temps, de mois plus précisément, la demoiselle préférait s'assurer de son emploi avant de se lancer dans le payement de forfait supplémentaire. Elle n'avait pas besoin de ce type de dépense pour le moment.

Elle eut un sourire en s'apercevant que Mathieu s'était débarrassé de son sac plein à rabord de came. C'était un pas vers la rémission qu'il venait d'effectuer, un pas qui serait suivi d'une foule d'autres, du moins l'espérait-elle. Elle savait ce que ce geste représentait pour tout junkie, innocent pour le commun des mortels mais une avancée irréfutable pour chaque drogué. Plus qu'à espérer que cela n'entraînerait pas d'innombrables problèmes d'argent au jeune homme, lui qui paraissait déjà avoir un souci avec son compte en banque, son geste s'apparentait ni plus ni moins à du gâchis pur et simple. Il lui avait reproché d'avoir jeter une poignée de dollars par la fenêtre mais venait de faire exactement la même chose, à une échelle bien pus grande et vaste toutefois.

– Non... De toute façon, quand je suis partie, il dormait, si tout va bien, il dormira encore à mon retour. C'est juste qu'on est dans le quartier Sud, je vais pas te faire un dessin, quinze ans ou non, je préfère avoir un œil sur lui, surtout en pleine nuit, on sait jamais ce qui peut arriver...

Bercée par le roulis de l'ambulance, elle attendait patiemment d'arriver à destination. Mathieu se révélait de plus en curieux, ce qui était tout à fait légitime. À elle de lui répondre avec honnêteté ou de lui mentir. Le choix était vite fait étant donné que la conversation paraissait dériver lentement vers le droit et la garde. Elle n'était pas majeure, ni ici, ni ailleurs, il était inconcevable qu'elle ait la garde de son frère. Mais pas ici. Elle avait presque le sentiment d'avoir volé Avdeï à ses parents pour contenter son petit bonheur. Elle n'avait pas réfléchi aux conséquences et jusqu'à présent, sa vie au quartier Sud lui avait permis de ne pas trop attirer l'attention, des familles composées d'orphelins étant fréquentes. Mais elle n'avait pas envie de conter une histoire pareille, la perspective de tuer ses parents, même fictivement, ne l’intéressait pas. Elle n'était pas dans un film de Xavier Dolan, après tout.

– Mon frère a choisi de faire une partie de ses études ici, à Palema, c'est pour ça que j'en ai la garde. Sinon, tu te doutes bien qu'il serait toujours chez nos parents à l'heure actuelle.

Cela n'expliquait en rien pourquoi elle, elle était à Palema mais ce n'était pas là la question du garçon. Elle espérait que ce banal mensonge suffirait. Elle ne se voyait pas raconter à un humain qu'une créature magique du nom de Kyu lui avait permis d'exaucer son vœu le plus cher, retrouver son petit frère. Le seul humain à qui elle avait souhaité se confier était Howard et il s'était avéré qu le blondinet avait passé un contrat avec l'entité blanche bien avant lui. Depuis, elle n'avait plus jamais abordé le sujet, hormis avec d'éventuels Seraphs. Et cela lui convenait très bien ainsi. Plus qu'à espérer que Mathieu s'en contentera.

Elle savait bien que son historie de chute dans la douche était invraisemblable. C'était aussi curieux que si elle avait évoqué l'excuse stupide de la chute dans les escaliers. Au moins avait-elle tenté un peu d'originalité. Elle mit un doigt sur sa bouche pour faire signe au garçon qu'il n'avait pas tort. Mais la suite l'étonna au plus haut point. Elle n'avait pas songé à une éventualité pareille et les stries dans son dos évoquaient davantage des coups à l'arme blanche qu'avec des poings. Elle aviserait bien une fois entre les mains des professionnels.

– Là où tu te trompes, c'est que personne ne m'a battue !

Non, c'était tout le contraire, c'était elle qui s'était battue.
Mais sa phrase resta en suspens car déjà il était l'heure de descendre. Le portes s'ouvrirent en grand et elle sauta au sol, suivant Mathieu de près. La clinique se dessinait devant eux et elle frissonna sous le léger vent qui glissa sous sa peau pour l'accueillir.

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 [ruelle Jefferson] "Ma peau me brûlait" [Saskia Kochka] {terminé}
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